Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Juin 2001 >> Charade estivale

Bonjour à tous. Voici une petite charade, histoire de voir si vos réflexes n’ont pas trop été émoussés sous l’avalanche d’examens des titres qui vous écrase certainement par les temps qui courent. Allons-y gaiement :

Mon premier est un jambon cuit

Comme vous le savez peut-être mon occupation principale est d’être l’éditeur, du site de diffusion du droit canadien CanLII. À ce titre, je reçois les messages que les usagers destinent aux gestionnaires du site à travers les liens « contactez-nous » présentés sur chacune de nos pages. L’interactivité est l’une des plus belles caractéristiques d’Internet, n’est-ce pas? Commentaires, félicitations, conseils de recherche, et demandes de toutes sortes allant des requêtes pour l’obtention de décorations militaires certainement méritées aux questions sur les horaires de trains. L’envers de cette médaille ou, autrement dit, l’inconvénient d’une telle « visibilité » est d’exposer celui vers qui est dirigé ce « trafic » à un bombardement quotidien de pourriels, concept autrement connu sous le nom de « spam ».

Bien qu’au Québec nous connaissions mieux le « Klik » et le « Kam », le « Spam » réfère pour la plupart d’entre nous à une marque de jambon prélevé sur des porcs génétiquement modifiés pour disposer de muscles carrés qui s’inséreront parfaitement, une fois tranchés, dans des boîtes de fer blanc qui les préserveront pour les gastronomes des générations à venir... Blague à part, tout le monde connaissant le secret de la Caramilk, je ne vous étonnerai pas en vous disant que ma chronique ne portera pas sur le jambon en cannette qui a bercé notre enfance... Le spam dont je veux vous parler vise l’activité de plus en plus populaire qui consiste à inonder le Web de centaines, voire de milliers, de messages électroniques non-sollicités vantant les mérites d’un produit ou d’un service.

Il s’agit donc d’une sorte de publipostage électronique. Mais la facilité avec laquelle il est possible de multiplier les messages et le fait qu’ils puissent être dirigés sur des individus précis nous force quand même à modérer nos transports dans la comparaison. La chose paraît bien innocente, mais quand on en reçoit des dizaines par jour, on se rend compte qu’on est loin du bon vieux Publi-Sac...

Une autre caractéristique du pourriel est que, généralement, vous ignorez qui vous l’envoie. Vous remarquerez en effet qu’habituellement, le nom de l’expéditeur vous est inconnu, qu’il changera d’un envoi à l’autre (même si le message est identique) et que l’adresse du destinataire est bien souvent absente. Essayez donc alors d’apostropher l’importun et de lui faire savoir votre façon de penser... Mieux vaut de toutes façons vous abstenir, car vous ne feriez que lui confirmer que votre adresse est bonne. Le flot de pourriels ne ferait que s’accentuer. Gardez à l’esprit qu’il a probablement envoyé son message à des centaines de milliers d’adresses à la fois, car il est enfantin de se procurer des listes d’adresses courriel. Le prix? Voici un exemple : 3 million d’adresses pour 19.95$...[i]

Que faire alors? Plusieurs avenues s’offrent à vous, mais il n’y a pas de solution miracle. Vous pouvez tout d’abord utiliser les fonctions de filtrage offertes par la plupart des logiciels de messagerie. Vous réussirez ainsi à bloquer les expéditeurs des messages non-désirés pour éviter toute récidive. Mais comme les « spammers » changent habituellement d’adresse d’expédition à chaque envoi, vous devinez sans trop de mal la futilité de l’opération. Vous pouvez choisir d’installer un logiciel spécialisé qui s’occupera du filtrage pour vous, à partir de listes de mots clés par exemple. Vous risquez cependant de bloquer involontairement des messages que vous souhaitez recevoir. Vous avez plutôt l’esprit vengeur? Un autre logiciel, Spam Hater[ii]  vous permettra de répondre à l’envahisseur sans qu’il ne puisse connaître vos coordonnées et, pourquoi pas combattre le feu par le feu et lui envoyer quelques centaines de réponses???

Certains services vous permettront aussi de filtrer vos messages à l’avance en bloquant les messages provenant de certains serveurs réputés pour servir de base de lancement de ces détritus du cyberespace. Le fait de permettre le filtrage automatique de tout votre courrier par un serveur aussi éloigné qu’inconnu pourrait cependant inquiéter tout internaute préoccupé par les questions de protection de la vie privée.[iii] Reste toujours la solution radicale : changer son adresse courriel et éviter, à l’avenir, de la laisser traîner n’importe où...

Le phénomène n’est pas du tout marginal. AOL, par exemple, a déterminé que le tiers du volume de courrier électronique qui passe par ses serveurs est du pourriel[iv]. Ce type d’activité coûte une petite fortune aux usagers, qui gaspillent leur temps de connexion pour télécharger et lire ces messages (surtout dans des pays comme la France où l’accès à Internet est minuté) et aux acteurs techniques du réseau qui voient leurs systèmes encombrés par l’important volume de données inutiles qui voyage ainsi.

Mais ce qui est le plus inquiétant c’est que pour plusieurs encore, le pourriel constitue une facette normale de la vie et des affaires dans le cyberespace. Je me souviens avoir reçu un message me demandant des références sur les lois encadrant la « publicité directe » sur Internet. La requête provenait d’un représentant d’une compagnie de marketing qui souhaitait utiliser ce moyen promotionnel pour aider ses clients. Imaginez un peu la réponse qu’il a eue... Ou encore un gentil avocat espagnol qui m’envoyait presque à tous les jours, comme à des milliers de personnes, des messages vantant les mérites de son site et qui répondit à mes invectives (et oui, la chair est faible je lui ai répondu...) que ce qu’il faisait n’était pas du « spamming » parce qu’il ne vendait rien... Il reste beaucoup d’éducation à faire.

Mon second est « in » ou « out »

Les pourriels sont-ils là pour rester? Continueront-ils de polluer nos boîtes de courrier et d’encombrer le réseau? Il faut croire que oui, les initiatives législatives étant plutôt boiteuses dans ce domaine.  La solution idéale, qui serait d’exiger le consentement préalable du destinataire à la réception de ces parasites électroniques, ne faisant pas encore partie des plans des différents législateurs. Car le spamming est aussi perçu comme un véhicule publicitaire qui supporte le développement du commerce électronique. Certains états sont donc réticents à adopter ce principe du opt-in de peur de limiter l’essor de leurs entreprises virtuelles. Ils préféreront le opt-out, par lequel la victime devra confirmer à son fournisseur d’accès ou à une autre instance désignée son refus de recevoir des pourriels. Les générateurs de ces détritus virtuels devant respecter ces listes.[v]

Mon troisième tient dans ma main

Côté sécurité, si vous êtes comme moi heureux propriétaire d’un assistant personnel de type « Palm »[vi], profitez bien des derniers instants de liberté dont vous disposez. Les premiers virus et chevaux de Troie destinés à ces petits appareils sont apparus et, avec la faveur grandissante des accès Internet sans fil, la tendance ne peut que s’accentuer. À la conférence RSA 2001 consacrée à la sécurité informatique, on annonçait récemment que l’installation et la mise à jour régulière de logiciels anti-virus pour appareils de type Palm deviendrait avant longtemps tout à fait essentielle. Comme disait l’autre :  « une autre affaire ! ».

Le simple échange des célèbres cartes d’affaires électroniques du Palm par rayon infra-rouge entre deux appareils de ce type serait désormais une opération délicate et risquée. Plus moyen de s’amuser, quoi. Et que dire de la synchronisation avec votre ordinateur ? Les virus auraient déjà prévu le coup et comporteraient un petit volet spécialement dédié à la destruction de votre fidèle compagnon de mallette. Les hackers et pirates informatiques ne laissent rien au hasard. Il y a fort à parier que nos cellulaires, maintenant numériques et potentiellement reliés à Internet, seront les prochaines victimes. Vive le village global ! Tout le monde sera numérisé, connecté, informé et infecté.

Mon quatrième me rend malade

On ne peut répéter trop souvent les conseils d’usage en matière de virus. Alors prenez encore des notes si nécessaire : soyez extrêmement prudent si vous recevez un message en provenance d’un expéditeur inconnu, surtout s’il comporte une pièce jointe. Vous devez être particulièrement aux aguets si cette pièce jointe est un programme (extension « .exe »),  ou encore un écran de veille. Rappelez-vous aussi que le texte de ces messages est généralement fait pour piquer la curiosité. On ne vous dira pas « Je vais te transmettre un virus », mais plutôt « Regarde cette bonne blague ». Il n’y a que dans les westerns que les méchants sont habillés en noir...

Notez aussi que le courriel peut provenir d’une personne que vous connaissez, les virus ayant la fâcheuse habitude de se multiplier en allant à l’abordage du carnet d’adresse du propriétaire de l’ordinateur infecté. La vigilance est de mise. Si un ami que je sais prudent et réservé m’envoie subitement un message m’annonçant des photos de Britney Spears sans sa bouteille de Pepsi ( !), j’aurai généralement quelques doutes avant de me précipiter sur la pièce jointe... N’hésitez pas à contacter la personne en question pour confirmer qu’elle vous a bel et bien envoyé un tel message.

Finalement sachez que l’installation d’un logiciel anti-virus est aujourd’hui aussi essentielle que des pneus d’hiver peuvent l’être au Québec au mois de janvier... Mais cette précaution sera inutile si vous ne mettez pas à jour la liste de virus du logiciel puisque de nouvelles bestioles font leur apparition à tous les jours. (Il y en aurait plus de 20000 aujourd’hui.) Le logiciel surveillera vos disques, fouillera votre mémoire vive et épluchera vos courriels en tous temps pour débusquer et détruire les intrus. Et pas besoin d’investir des fortunes. Vous pouvez même télécharger sur Internet AVG, un excellent logiciel du genre mais qui est tout à fait gratuit, mises à jour compris.[vii] Donc plus d’excuses les amis. Un peu d’action !

Et mon tout ?

Bien c’était ma chronique de juin, c’t’affaire ! Et elle est finie à part ça... alors, à la prochaine !


[i]         http://www.kevins-lair.com/bulk%20email%20addresses%20for%20sale/bulk_email_addresses_for_sale.shtml

[ii] “Spam hater“

[iii] Pour plus d’informations sur les moyens de défenses contre le spamming, voir:        http://www.cauce.org/

[iv] http://www.mmedium.com/cgi-bin/nouvelles.cgi?Id=5479

[v] Quelques références si la question vous intéresse :

Spam : quelle réglementation ? http://www.juriscom.net/int/dpt/dpt23.htm

Spamming et législation américaine : vers un projet fédéral décisif. http://www.juriscom.net/pro/1/cns19990301.htm

Emails publicitaires : tarir à la source. http://www.juriscom.net/int/dpt/dpt10.htm

[vi] www.palm.com

[vii] www.grisoft.com

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