Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Décembre 2004 >>> La récréation est finie ! Pas encore de panique à Redmond, mais …

Les cordonniers sont généralement les plus mal chaussés. Ainsi, moi qui m’apprête à rédiger une chronique traitant de la montée de la concurrence au géant de Redmond dans certains domaines, voilà que mon ordinateur roulant Windows WP déclare forfait ! Y a-t-il du sabotage dans l’air ? Veux-t-on me faire taire ? Ne pariez pas là-dessus. Mais n’empêche que je dois à nouveau faire appel à mon vieux laptop démodé pour venir à ma rescousse. Morale de l’histoire, ne jetez jamais votre vieux laptop. On a toujours besoin d’un plus petit que soi… Petite misère ! Décidément, je crois de plus en plus être mûr pour un passage à Linux.Vous me pardonnerez donc l’absence de références et de notes en bas de page ce mois-ci. La connexion téléphonique est franchement trop lente avec cette vieille bécane. Vous en serez donc quittes pour me croire sur parole.

Longtemps décriée, et même poursuivie, pour ses pratiques d’affaires douteuses, Microsoft ne s’en maintient pas moins au haut du pavé. Avec environ 50 milliards de dollars américains en encaisse et ayant enregistré 38 milliards de dollars de profit l’an dernier, la multinationale du virtuel semble indélogeable. Ne vous méprenez pas sur mon propos cependant, car elle le sera probablement pour encore un bon bout de temps… Mais il n’en demeure pas moins qu’on assiste à plus d’initiatives de ses minuscules concurrents, qui semblent franchement moins impressionnés qu’auparavant.

La première offensive est venue de nulle part. Microsoft a beau être un géant, elle commet encore et toujours les mêmes erreurs. L’arrivée d’Internet il y a une dizaine d’années fut en effet presque complètement ignorée par Bill Gates et ses copains. Ce n’est qu’après avoir laissé Netscape prendre le plancher qu’ils se rendirent compte de leur erreur, et que les manœuvres déloyales que l’on sait furent entreprises pour déloger « l’intrus ». Tout ceci au bénéfice d’Internet Explorer qui devait régner en maître incontesté sur les flots azurés du Web.

« Il comprend vite, mais il faut lui expliquer longtemps »

Or, voilà que nos amis répètent l’erreur en ignorant l’essor des engins de recherche. Alors que Google prenait son envol, Microsoft continuait donc à se contenter pour son portail MSN d’un outil de recherche classique et assez peu performant (celui de Yahoo). Pendant ce temps Google révolutionnait l’industrie en multipliant les services et les contenus, offrant même des outils de recherche adaptés aux postes locaux fournissant de bien meilleurs résultats que les fonctions très ordinaires de recherche de Windows.

L’augmentation spectaculaire de la masse d’information disponible grâce au Web aurait pourtant dû mettre Microsoft au parfum de la cruciale importance des outils qui pouvaient permettre de s’y retrouver ! Il aura fallu le passage en bourse de Google et sa gargantuesque offre publique à l’épargne pour que le géant de Redmond ne se réveille en sursaut pour annoncer l’arrivée prochaine de son propre outil de recherche. Présentement offert à l’essai sur le site MSN [i], seul l’avenir dira si Microsoft s’est effectivement réveillé trop tard… Parions cependant qu’elle hésitera un peu plus cette fois-ci avant de recourir à des tactiques déloyales pour briser la concurrence. À moins que…

D’ailleurs, il ne s’agit pas de la première vague d’hostilités entre Microsoft et Google. Rappelons-nous que Google annonçait l’été dernier qu’elle lancerait son propre service de courriel gratuit offrant une limite d’espace d’un gigaoctet par usager ! Il y avait de quoi faire saliver les clients du service Hotmail de Microsoft qui imposait une limite 500 fois plus petite ! Cette annonce devait forcer les autres joueurs comme Hotmail et Yahoo à augmenter leur limite.

Une nouvelle guerre des navigateurs ?


Mais le vent se lève aussi sur un autre front, venant raviver les braises encore fumantes de la guerre des navigateurs. Une fois Netscape mise K-O et vendue à America Online, qui ne semble maintenant que vouloir utiliser la marque de commerce pour son service de connexion rapide, tous pariaient sur la suprématie éternelle d’Internet Explorer sur le Web. Microsoft aussi fort probablement, aucune nouvelle version de son navigateur n’ayant été offerte depuis plusieurs années. La multiplication des failles de sécurité et des virus l’affligeant, cela avait pourtant de quoi impatienter les plus fidèles utilisateurs. Oh, certains produits concurrents ont bien fait leur apparition. Certains comme Opera offrant des fonctions assez innovatrices. Le principal concurrent reste néanmoins Mozilla, digne successeur de Netscape. Projet dit « open source », ou logiciel libre, Mozilla s’est développé tranquillement dans l’ombre du géant jusqu’au lancement récent de sa version Firefox 1.0, compatible avec toutes les plate-formes (Windows, Apple et Linux).

Microsoft a d’ailleurs beaucoup à perdre au développement du logiciel libre. La plupart de ceux qui contestent l’omniprésence de la multinationale y disposent en effet des possibilités tout à fait valables et efficaces et, par surcroît, gratuites. Certains pays imposent même le choix du logiciel libre dans les services publics craignant comme la peste la main mise de Microsoft. J’ai pu rencontrer à Mexico un collègue Italien dont l’ordinateur ne contenait que des logiciels libres. L’ordinateur open source pourra donc rouler sur un système d’opération Linux, naviguer et communiquer par courriel avec Mozilla et générer textes et tableurs avec Open office, de façon tout aussi efficace que n’importe quel ordinateur voué aux produits MS. La stabilité de ces logiciels est proverbiale et leur convivialité en constante progression. En y pensant bien, je devrais probablement me joindre au mouvement. Je pourrais probablement vous écrire avec mon ordinateur principal au lieu de le regarder ramasser de la poussière. Mais ça, c’est une autre histoire.

Firefox semble marquer le début d’un jour nouveau dans le merveilleux monde des navigateurs Web et nous permettre d’y aspirer à un meilleur niveau de sécurité. Et comme par hasard, Firefox fait même une large place à Google. Êtes-vous vraiment étonnés ? Assisterons-nous à une nouvelle guerre des navigateurs ? Probablement pas. Mais un peu de compétition n’a jamais tué personne ne serait-ce que pour forcer Microsoft à se renouveler un peu.

À la prochaine !



[i]Vous vous attendez à une référence, hein ? Et bien non, ma connexion est morte !

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