Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Février 2003 >>> Légendes urbaines et riches africains

Laissez-moi me présenter. Je suis le Prince John Kabila, fils de l’ex-president du Congo-Kinshasha (autrefois le Zaïre), Laurent Desire Kabila. Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous demander de m’aider dans une transaction commerciale. Avant d’aller plus loin, je dois vous demander de traiter ma demande avec la plus grande discrétion. Je détiens une créance de 55 millions de dollars US à la suite d’une vente de diamants conclue clandestinement par mon père avant qu’il ne soit assassiné par son garde du corps en 2001. J’aimerais que vous acceptiez d’être mon intermédiaire pour recevoir cette somme. À titre de rémunération, je vous propose 15 % du prix total, plus 5 % pour vos frais et dépenses.

Et bien non, vous ne vous êtes pas trompé de page, et je n’ai pas non plus écrit cette chronique après une soirée trop arrosée du temps des Fêtes! Je voulais seulement vous mettre un peu dans l’atmosphère pour aborder mon sujet de ce mois en vous relatant un courriel que j’ai reçu ce matin. Un parmi d’autres...

Je vous ai déjà parlé des pourriels, ou si vous préférez, du spamming. Une bonne partie de ces envois indésirables est constituée de ce type de message, pendants électroniques de nos chaînes de lettres et autres invitations frauduleuses. Il ne faut pas croire tout ce qui se dit ou s’écrit sur le Web, sauf s'il s'agit de l’une de mes chroniques bien évidemment… Si j’ai choisi l'exemple du riche africain c’est qu’il est tout à fait typique. Qu’il s'agisse du fils de Kabila, de la veuve d’Idi Amin ou d’un colonel déchu, on dirait que beaucoup de fraudeurs usurpent ainsi les identités de personnages politiques africains pour attirer vers eux les investissements risqués des occidentaux avides de profits rapides.

A beau mentir qui vient de loin…

C’est certain que le fait de localiser aussi loin les sources de ces offres rend toute vérification illusoire. Mais ces invitations font également appel à la toute occidentale impression que les hommes politiques de ce continent éloigné se sont sérieusement remplis les poches pendant leur heure de gloire.

La prudence est de mise… et le gros bon sens aussi ! Pourquoi perdre du temps et accaparer de la précieuse largeur de bande pour relayer des dizaines de copies d’un courriel qui vous promet mers et mondes si vous passez son message à tous vos amis ? Ces invitations sont tout aussi saugrenues en format électronique qu’elles l’étaient en mode papier, à la seule différence qu’elles vous coûteront moins cher de timbres. Mais même s’il ne vous en coûte rien d’envoyer un courriel (pas plus qu’un “ mél ” d’ailleurs… malheureusement), il faut arrêter de penser que la communication par courriel ne coûte rien. Ces messages contribuent tout autant à la pollution du cyberespace.

De nombreux sites se consacrent à répertorier les arnaques circulant sur le Web, notamment ce qu’ils nomment les “ african scams ”, ou arnaques africaines. Je ne vous en conseillerai pas un en particulier, vous invitant ici aussi à la prudence car sans croire que les fraudeurs iraient jusqu’à créer de faux sites d’information sur le sujet, il faut constater que les moyens dont disposent ces sites sont très variables. Les résultats en terme d’exhaustivité de l’information le sont donc aussi. Je vous conseille donc de débuter vos recherches par les sites des grands services policiers comme celui de la GRC ou des instances américaines comme le FBI. Un internaute avisé en vaut deux…

Vive le Windows libre!

C’est fait. Depuis le temps que nous en rêvions, sans trop espérer de voir ce jour avant de mourir. Le jour “ J ” est arrivé. Microsoft a rendu public le code source de Windows. Dans la foulée du “ virage sécurité ” entamé certes au lendemain du 11 septembre, alimenté il faut le dire par la multiplication des découvertes de failles dans son système, Microsoft a donc décidé de dévoiler son plus grand secret aux gouvernements. La raison officielle : leur permettre de contribuer à la sécurité globale des réseaux [i] .

Il faut néanmoins y voir aussi les suites probables du procès Microsoft. Il n’est d’ailleurs pas vraiment étonnant de voir Microsoft ouvrir son jeu après le règlement de son affaire… Clause secrète de l'entente hors cours ou simplement levée de l’impératif stratégique de garder la bouche cousue jusqu’à l’issue du procès, il demeure que le hasard fait bien les choses.

D’autant plus que Microsoft doit aussi constater que le logiciel libre a fait des pas de géant dans le domaine des systèmes d’exploitation. Les systèmes Linux animent de plus en plus d’ordinateurs, en se fondant sur une infrastructure de développement entièrement ouverte. Démontrer de l’ouverture à ce niveau, tout d’abord au nom de la sécurité, permettrait ainsi à Bill de tâter un peu le terrain tout en faisant une démonstration de bonne foi. C’est peut-être un signe des temps… À moins que ce ne soit qu’une légende urbaine.

Quant ça va mal, ça va mal !

Microsoft vient en effet de perdre sur un autre front du combat ayant donné naissance à ses ennuis judiciaires. À peu près au même moment où il ouvrait les hostilités avec Netscape, Microsoft tentait aussi d’imposer à la compagnie Sun Microsystems [ii] l’intégration de son célèbre langage de programmation Java. Ce langage, rappelons-le, permet la programmation de nombreuses fonctions automatisées disponibles sur les sites Web. Le contrôle de ce langage, au milieu des années 90, était donc tout à fait stratégique pour Bill dans sa conquête du Web. N’ayant pas cru au potentiel du réseau, Microsoft avait en effet axé sa stratégie dans une autre direction. Constatant son erreur, elle choisit donc de rattraper le temps perdu en mettant la main sur des technologies existantes.

Devant le refus de Sun, Microsoft décidait donc de créer son propre langage Java, à peu près équivalent à l’original sauf certaines exceptions, ce qui devrait créer bien des maux de tête aux programmeurs et entraîner des recours judiciaires. Le point final de cette affaire est donc venu en janvier quand un tribunal a ordonné à Microsoft d’inclure dans Windows le langage java original de Sun [iii]. Pour la première fois aux États-Unis, un tribunal décidait donc de la composition, en partie du moins, d’un logiciel commercial.

Tout ceci nous fait réaliser que l’importance de Windows lui confère maintenant un statut beaucoup plus important que n’importe quel produit de l’industrie ou du savoir américain. Il devient presque une partie du patrimoine. Qui l’aurait dit ?

À la prochaine!




[i] http://www2.canoe.com/techno/nouvelles/archives/2003/01/20030115-160447.html et http://www.wired.com/news/infostructure/0,1377,57235,00.html

[ii]http://www.sun.com/

[iii] http://www.wired.com/news/infostructure/0,1377,57073,00.html

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