Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Février 2004 >>> A beau mentir qui vient du Web

Je me souviens des scènes classiques de certains films d’autrefois où journalistes et éditeurs étaient rassemblés autour d’un étrange appareil qui crachait de longs rubans de papier où étaient inscrites les dernières dépêches. Ces tickers comme on les appelait, étaient le dernier cru de la technologie. Remplacées par la suite par d’autres technologies, dont l’informatique, elles ont néanmoins marqué l’imaginaire et cristallisé l’image du journaliste en quête du dernier filon.

Saviez-vous que vous pouvez suivre l’actualité d’aussi près ? Vous pouvez bien sûr visiter les sites Web des principaux médias, mais il existe une façon beaucoup plus efficace de vous tenir à la fine pointe de l’information. Ce moyen vous est offert par le protocole RSS, sigle de Rich Site Summary[i]. Fondé sur le langage XML, ce système permet à tout site de diffuser son contenu, parallèlement à sa présentation normale, dans un langage normalisé et compréhensible à des logiciels de lecture de nouvelles.

Appelés agrégateurs de contenus (news aggregators), ces logiciels vous présenteront les dernières manchettes des sites que vous choisirez à travers une interface ressemblant à votre logiciel de courrier électronique. Les nouvelles se rafraîchiront à l’arrière-plan aux intervalles que vous choisirez; vous pourrez aussi leur appliquer des filtres de classement pour déterminer celles portant sur vos sujets préférés, et même être avisé de l’arrivée de nouveautés. Vous pourrez, en un coup d’œil, choisir quelle nouvelle vous souhaitez lire, la faire afficher dans un autre panneau de votre logiciel ou ouvrir la page du site d’origine dans votre fureteur. Les fonctions dépendront du logiciel que vous installerez[ii].

C’est terminé les longues séances où vous devrez visiter l’immense botte de foin de sites médiatiques à la recherche de l’aiguille qui vous intéresse et la tonne de messages de mise à jour dans votre courrier électronique ! Une grande partie du travail de recherche se fera automatiquement, vous laissant libre de ne visiter que vos sites préférés. Certains sites utilisent cette technologie en ligne pour présenter les dernières nouvelles à leurs visiteurs. Les sites d’informations offerts par Yahoo[iii] ou Google[iv] fonctionnent de cette façon.

Sachez cependant que le protocole RSS peut être utilisé à d’autres fins pour diffuser de la publicité ou d’autres types de contenus par exemple, et que monsieur tout le monde peut se servir de cette technologie pour faire valoir son opinion sur l’univers...

« Je pense, donc j’essuie »

Par exemple je pourrais très bien décider de distribuer sous format compatible aux agrégateurs de contenus, le contenu de mon site cybernotes.info. Rien de plus facile, même[v]... Cette technologie a donc alimenté l’émergence d’une quantité phénoménale de sites de diffusion personnels, baptisés Weblogs, blogs ou blogues en français[vi]. Les blogues sont innombrables sur le Web, et leur popularité attire même l’attention des adeptes du pourriel qui y voient un nouveau média à parasiter[vii]. Certains sites sont spécialisés dans la publication de liste de blogues que vous pouvez consulter pour alimenter votre logiciel et votre curiosité[viii].

Il faut cependant savoir que le contenu de ces Weblogs n’est l’objet d’absolument aucun contrôle. Pas étonnant que ces sites contribuent de manière importante à la circulation des rumeurs et légendes urbaines sur le Web. La puissance de diffusion des blogues vient également poser des problèmes de droit d’auteur, certains sites privés n’hésitant souvent pas à redistribuer sur leurs ondes des contenus protégés provenant d’autres sites ou publications[ix]. Il faut donc user de circonspection et préserver son esprit critique, car tout ce qui brille n’est pas d’or sur Internet. Ceci dit, plusieurs canaux d’information de nature juridique sont disponibles en format RSS. Cherchez et vous trouverez ! Encore une fois, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Je me propose bien de vous refiler quelques adresses de canaux RSS que j’aurai débusquées de cette façon. C’est à suivre...

Tu veux ou tu veux pas ?

J’aime bien dire que la technologie ne règle pas tous les problèmes et qu’il ne faut pas toujours trop s’y fier... Une nouvelle diffusée récemment sur Wired[x] traitait ainsi de la dernière mouture du célèbre logiciel de graphisme Photoshop[xi] qui contribuerait à contrecarrer la production de fausse monnaie.

Depuis quelques années, près de la moitié de la fausse monnaie mise en circulation dans le monde est produite par des fraudeurs isolés à l’aide d’ordinateurs et d’imprimantes en couleur. Plus besoin de posséder des équipements d’imprimerie sophistiqués pour se lancer dans ce type d’entreprise. Tout comme celle des journalistes rassemblés autour du ticker, l’image du faux-monnayeur gravant ses plaques dans un entrepôt sombre sous une corde à linge remplie de faux billets détrempés relève d’une autre époque.

Adobe avait donc choisi de collaborer à un projet piloté par les banques centrales des pays industrialisés, en intégrant à Photoshop leur système de reconnaissance qui bloquerait l’utilisation d’images permettant de fabriquer de la fausse monnaie. En fait de régulation par l’architecture, on ne fait pas mieux. Pourquoi perdre son temps et payer des policiers pour attraper les faussaires amateurs quand on peut leur couper l’herbe sous le pied en bloquant dans leur logiciel même l’usage de certaines images !

L’idée était bonne, sauf que... ça ne marche pas. Pis encore, le système semble assez facile à contourner. Par exemple, si importer l’image d’un billet de 20 $ est impossible, l’usager peut importer l’image en deux parties et la rassembler par la suite sans problème ou encore l’importer à l’aide d’une ancienne version de Photoshop et la réutiliser par la suite sans embûches. C’est donc un retour à la case départ pour les informaticiens.

Mais nous sommes peut-être ici témoins de la naissance de nouveaux moyens d’encadrement des usages illicites des technologies de l’information. L’application de la règle de droit en milieu informatique gagne à tirer profit de la technologie. Ce n’est qu’un début ! Si les policiers des crimes économiques ne vont pas au chômage aujourd’hui, qui sait ce qui arrivera demain.

À la prochaine !



[i] http://searchwebservices.techtarget.com/sDefinition/0,,sid26_gci813358,00.html

[ii] Les curieux voudront savoir lequel j’utilise. Je leur répondrai que mon choix s’est porté sur RSSReader qui a l’avantage d’être gratuit.

[iii]http://www.yahoo.com/r/dn

[iv] http://news.google.ca/

[v] D’ailleurs, au fait, pourquoi pas ?

[vi]http://w3.oqlf.gouv.qc.ca/terminologie/fiches/8370242.htm. J’aime bien aussi l’acronyme « joueb » composé à partir de « journal Web ».

[vii] Spammers Clog Up the Blogs, Wired News, 24 octobre 2003, http://www.wired.com/news/technology/0,1282,60912,00.html

[viii]Par exemple, http://www.weblogs.com

[ix]Old Hitler Article Stirs Debate, Wired News, 20 septembre 2003, http://www.wired.com/news/culture/0,1284,60523,00.html

[x] Currency Detector Easy to Defeat, Wired News, 14 janvier 2004, http://www.wired.com/news/infostructure/0,1377,61890-2,00.html

[xi] Photoshop CS, produit par Adobe Systems; http://www.adobe.com/products/photoshop/main.html

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