Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Janvier 2003 >>> Ils sont fous ces français.

Vous vous direz que j’ai pris de bonnes résolutions pour 2003. Que j’ai décidé de choisir des cibles faciles, de me rabattre sur des sujets gagnants pour le québécois moyen, de m’abreuver aux nos vieilles rancunes historiques, en deux mots de taper sur les français. Vous avez raison. Enfin pas vraiment... Oui, oui,  je vais taper sur les français. Mais non, non, non,  ce n’est pas prémédité. Ils l’ont tout simplement cherché. Et quelle est la cause de cette deuxième montée de lait en deux mois me demanderez-vous? J’y arrive...

C’est une lapalissade que de dire que l’anglais règne sur le domaine des nouvelles technologies de l’information. Initialement perçu comme outil de chiffrement, l’informatique s’est développée en baignant dans les budgets militaires de la guerre froide. Sa technologie, résultat du travail des scientifiques occidentaux, surtout américains, s’est par la suite démocratisée et répandue à l’échelle planétaire.

L’informatique est finalement un univers où toute nouveauté, toute invention, prend vie premièrement en anglais. Il appartient ensuite à toute communauté linguistique autre qu’anglaise de traduire et adapter ses mots et ses concepts à sa réalité culturelle, ou de baisser les bras en se contentant d’intégrer les termes étrangers à son vocabulaire. Le français n’est pas la seule langue à devoir prendre les devants pour se défendre. Après tout, les deux tiers des internautes ne parlent pas anglais.[i] Mais le Web, en permettant de réunir les gens peu importe où ils se trouvent sur la planète, devrait plutôt constituer un vecteur de croissance pour toute langue.Mais, pour y arriver, il faut savoir faire preuve d’un minimum d’imagination, et ne pas craindre de s’approprier les technologies[ii].

Vous devez vous demander où je m’en vais avec cette argumentation. Je vous le donne en mille. Je recevais récemment un périodique électronique français, où j’ai pu constater l’emploi du mot « mél » pour désigner un courrier électronique. Mon sang n’a fait qu’un tour et s’est carrément mis à bouillir après qu’une recherche rapide m’eu permis de constater qu’il ne s’agissait pas d’un accident, que l’usage de ce terme est assez commun en France.

J’ai toujours cru que l’une des plus belles contributions québécoises à l’intégration des technologies par la langue française était le mot « courriel ».  Équivalent parfait de l’anglophone « email » (« electronic mail »), « courriel » (« courrier électronique ») est par ailleurs un bien joli mot, frais, nouveau, qui décrit parfaitement la réalité qu’il cherche à définir. Pourquoi chercher plus loin? Alors voulez-vous bien me dire quel espèce de zigoto a réussi à accoucher d’une pareille insulte à l’intelligence? Non mais quand même...

On me dira que c’est un terme utilisé tous les jours. C’est vrai. J’échappe moi-même quelques « emails » dans mon langage de tous les jours. Mais je n’aurais jamais le culot de l’utiliser à l’écrit, et encore moins de modifier son écriture pour tenter de franciser le terme. Personne ne gagne à officialiser une telle paresse intellectuelle.

Je ne suis pas linguiste. Mais je pense qu’il faut puiser dans les richesses propres de notre langue pour la renouveler, l’enrichir, et l’aider à décrire les nouvelles réalités qui la défient au fil du temps. C’est de cette façon seulement que l’on peut espérer la nourrir, la fortifier et lui faire traverser les siècles. L’adaptation du français aux concepts technologiques élaborés en dehors de ses frontières ne peut se contenter de la bête, et très lâche, transposition phonétique de la langue d’un autre. Surtout lorsqu’il existe des alternatives. Cette noble et importante tâche ne peut être laissée à des sous-doués dénués d’imagination et amputés de vision.

Je laisse à nos cousins colonisés leurs « méls », et pourquoi pas bientôt leurs « computeurs », leurs « soft-ouères », « browe-sœurs », « niuze-létaires » ou « hôme-péjes ». Je préfère parler français. Ils n’auront qu’à me faire traduire en anglais s’ils veulent me comprendre. Et s’ils ne sont pas d’accords, qu’ils m’envoient un « mél ». Je leur répondrai par courriel.

Joyeux Noël mon Bill; Bien du succès dans tes études.

Noël est arrivé plus tôt que prévu à Redmond... En effet, nous avons pu assister en novembre à la fin de la saga judiciaire de Microsoft. Vous vous souviendrez que Microsoft était poursuivie en vertu des lois américaines anti-monopoles. Les plaintes portées par vingt-et-un états américains et le gouvernement fédéral étaient principalement fondées sur les démêlées de la compagnie avec Netscape dans l’épisode connu sous le nom de « guerre des navigateurs ».  Microsoft, alléguait-on, avait tenté d’utiliser sa position dominante sur le marché des systèmes d’exploitation pour forcer Netscape à lui céder le marché des navigateurs internet. Après avoir essuyé un refus, Microsoft créait son propre navigateur, Internet Explorer, et décidait de le donner gratuitement et de l’intégrer à Windows et Office afin de sortir Netscape du marché. (Ce qui a réussi après tout...) Microsoft sera, dans le cadre de cette affaire, assimilée au vilain prédateur...

Au fil du temps, l’affaire Microsoft aura connu bien des péripéties et prêté à toutes sortes de spéculations de la part des observateurs. On aura pu voir Bill Gates à la barre des témoins se faire trahir par ses propres courriers électroniques, ou encore lire sur les démêlées de Microsoft avec le juge Jackson, premier juge au procès. On aura pu entendre toutes sortes de prédictions, la plus persistante étant la prochaine séparation de Microsoft en plusieurs unités concurrentes.

Finalement, après une conclusion initiale du juge Jackson à l’effet que Microsoft constituait un monopole devant être scindé en deux compagnies distinctes, un appel réussi de la compagnie en vue de la tenue d’un nouveau procès, le gouvernement fédéral et la majorité des États convenaient d’un arrangement hors-cours avec Microsoft.

Les autres États refusant l'entente ont finalement été déboutés début novembre. Le procès est terminé, l’entente hors-cours confirmée et l’intégrité de Microsoft préservée. Le juge conclut sur la promesse que la Cour verra à ce les engagements et promesses de la compagnie de modifier ses habitudes, pratiquer une saine concurrence et se conformer tant à la lettre qu’à l’esprit de la Loi soient respectés. Autrement dit, on donne la chance au coureur. Reste à voir si Bill et sa bande sont sincères. Mais donnons-leur le bénéfice du doute et laissons-les savourer leur victoire. Joyeux Noël Bill...

Et une pour les indécis...

Vous vous questionnez? Vous vous interrogez sur vos opinions, vos pensées secrètes ou  encore, doutez de votre orientation sexuelle? Oubliez le psy, demandez plutôt à votre téléviseur de vous analyser. Les utilisateurs du système d’enregistrement vidéo numérique TiVo, distribué principalement aux Etats-Unis, se voient en effet proposer des émissions par leur appareil qui,  après avoir communiqué avec son serveur central et analysé les émissions déjà visionnées par son propriétaire, choisi et enregistre tout seul les émissions qui devraient lui plaire.

Le Wall Street Journal rapportait[iii] ainsi qu’un appareil TiVo trop perspicace avait décidé que son maître était homosexuel et arrêté ses choix télévisuels en conséquence. Afin de défendre sa réputation, le propriétaire étonné commença à enregistrer systématiquement des émissions masculines afin de dérouter le décodeur décodé.  Il fût surpris de constater après quelques temps que son TiVo se tournait maintenant vers des documentaires sur l’épopée nazie! Amusant, non?

À la prochaine!


[i] Vous pouvez voir des statistiques plus complètes à cette adresse : http://www.glreach.com/globstats/

[ii] Plusieurs ressources existent sur le Web dans ce domaine, notamment sur le site de l’Office de la langue française (www.olf.gouv.qc.ca) ou sur d’autres sites comme celui-ci (http://www.ewh.ieee.org/r7/ecc/trad/diction.htm)

[iii] Si vous avez le courage et la minutie requises pour taper ce lien, vous méritez de lire l’amusant article du Wall Street Journal ! Accrochez-vous bien : http://online.wsj.com/article_email/0,,SB1038261936872356908,00.html

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