Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Octobre 2006 >>> Petit moteur devenu grand

Le succès de Google lui monterait-il à la tête?


Avant l'arrivée de Google, la recherche sur le Web était une aventure. Chacun y allait de ses trucs et de ses moteurs préférés afin de trouver le document voulu. Les différents moteurs de recherche ramenant des résultats souvent très variés, le résultat final dépendait souvent de l'adresse du chercheur. Mais Google a mis fin à ces temps héroïques en offrant aux adeptes un moteur de recherche efficace et ultra-rapide. Son succès est tel que bien des gens pensent que Google, c'est Internet. Le problème c'est que les gens de Google commencent eux aussi à y croire...

Forte de sa croissance fulgurante et de ses succès en bourse, cette compagnie cendrillon pousse toujours plus loin son audace. Tout d'abord, il est bien connu qu'en digne pionnière du marketing Internet, le système de Google utilise déjà les questions que nous lui posons afin de nous alimenter en publicités personnalisées. Remarquez, en effet, que la page de résultat présente à la droite des liens commandités de sites marchands qui paient pour se retrouver là lorsque certaines recherches sont lancées. Les compagnies aériennes et agences de voyages commanditaires, par exemple, apparaîtront dans cette section commerciale de Google si vous lancez une recherche se rapportant au voyage.

En bon nord-américains, nous nous sommes bien habitués à tolérer les commerciaux pour profiter gratuitement de la télé, non ? Alors, on ne se pose pas trop de questions... Mais un ordinateur contient beaucoup plus de choses qu'une télé et, petit à petit, Google étend toujours un peu plus ses tentacules sur nos fichiers. Il le fait si bien qu'aujourd'hui, il intègre la plupart des actualités, des messages envoyés sur les forums Usenet depuis 1981, permet la recherche dans les fichiers PDF, peux présenter une copie de la plupart des pages Web, et j'en passe. Ses derniers coups d'éclats commencent d'ailleurs à lui attirer de la publicité négative.


On donne un pouce, il prend une verge...
Son service de courriel GMail soulève ainsi de nombreux doutes quant à l'usage qui est fait du contenu des messages qui y transitent. Les usagers du service ont en effet remarqué que la publicité présentée sur ce site colle au sujet des discussions qu'ils abordent dans leurs courriels. On peut bien accepter de la publicité d'agence de voyage en faisant une recherche sur Paris sur la page de Google, mais voir apparaître une pub d'avocat en lisant un courriel d'un copain nous annonçant son divorce, c'est un peu plus inquiétant. Pensez maintenant que Google identifie ses usagers au moyen d'un mouchard (cookie) et relie les recherches qu'il fait à ses courriels et à tous les autres usages qu'il fait des services de Google et l'inquiétude frise la panique !

Les concepteurs de Google se sont également fait taper quelque peu sur les doigts à cause de certaines libertés prises avec les droits d'auteurs. Rien de plus facile en informatique que d'aller « siphonner » de l'information dans certaines bases de données, surtout quand on dispose des moyens de ce nouveau géant. C'est pourquoi il est primordial de s'assurer au préalable de détenir les permissions nécessaires pour le faire. Le géant Google s'est ainsi vu récemment rabroué par la justice belge1 pour avoir permis des liens vers des contenus protégés, en l'occurrence des articles de journaux. Cette défaite judiciaire s'ajoute à une série d'autres qui sont venues sanctionner le système de liens commandités de Google, surtout lorsque des requêtes basées sur des marques de commerce provoquent l'apparition de liens menant aux sites d'entreprises concurrentes !


N'en jetez plus, la cour est pleine !
Maintenant, Google se prépare à attaquer Microsoft sur son propre terrain en offrant gratuitement des applications en ligne, comme un traitement de texte ou un tableur (équivalent d'Excel).2 Nommé « Writely », le traitement de texte en ligne gratuit que Google offre fait maintenant partie de sa gamme de services. En s'y inscrivant, il vous devient possible de créer, ouvrir, sauvegarder ou modifier des fichiers de format Word ou autres et, évidemment, de les conserver sur les serveurs du service. Compte tenu de notre expérience avec Google, parions que ces fichiers seront lus par ses systèmes à des fins « publicitaires ».

Le problème avec le Web est qu'il est difficile de bénéficier des services qu'on y offre sans s'exposer à de pareils abus. On a beau s'insurger et se scandaliser, ces services subsisteront et feront des profits, car la plupart des internautes y plongeront tête baissée sans se poser de questions. Pour ma part, j'essaie de faire preuve de modération. Si j'utilise amplement l'outil de recherche Google, je m'abstiens d'y ouvrir un compte de courriel comme j'éviterai probablement d'utiliser les logiciels de productivité en ligne. J'essaie d'effacer quotidiennement mes traces (mouchards, fichiers temporaires, etc.) au moyen de logiciels dédiés à ces fonctions. Je m'apprête également à faire l'essai d'un nouveau navigateur permettant de naviguer anonymement sur le Web. Je vous en donnerai des nouvelles, car je redoute autant ce que je sais de Google et de ses amis du club technologique, que ce que j'en ignore.

Pourquoi ? Voici une anecdote qui parle d'elle-même... Il y a quelques jours, sans crier gare, le processeur de mon ordinateur s'est emballé. Plus rien ne fonctionnait, cliquer sur quoi que ce soit ne me donnait aucun résultat; mes navigateurs se sont fermés subitement par eux-mêmes et, plus inquiétant encore, mon logiciel de protection contre les logiciels espions a été pris de panique et s'est mis à m'envoyer une multitude de fenêtres m'avisant qu'un processus tentait de modifier les réglages internes de ma machine. Tout le monde sur le pont ! Puis, comme elle était venue, la tempête se calma d'elle-même avec la réouverture automatique de mon navigateur qui m'annonçait fièrement que la barre d'outils Google venait d'être mise à jour ! J'ai compris que ces petits malins avaient tout simplement décidé, à ce moment précis, de monopoliser des millions de machines sans la permission de leurs propriétaires, juste pour mettre leur logiciel à jour. C'est ça, la philosophie de Google...

À la prochaine !





1 Google Belgique condamné par la justice belge, http://benefice-net.branchez-vous.com/nouvelles/06-09/10-295105.html

2 Google buys Web word-processing technology, CNET News.com, http://news.com.com/Google+ buys+Web+word-processing+technology/2100-1032_3-6048136.html

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