Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Avril 2010 >>> Prêt, pas prêt, j'y vais !

Au moment de lancer un nouveau produit, l'industrie informatique est toujours prise entre deux feux. D'un côté, tout le monde sait que, dans n'importe quel domaine, il faut un jour cesser de développer et lancer son produit. Le mieux étant l'ennemi du bien...

En témoigne par exemple l'histoire d'un célèbre jeu vidéo, Duke Nukem 3D. Dès son lancement en 1996, ce jeu provoqua une révolution sur le plan technique et domina rapidement le marché en se vendant à plus de 4 millions d'exemplaires. Les auteurs décident de frapper un autre grand coup en annonçant rapidement l'arrivée prochaine d'une suite, Duke Nukem Forever. Plutôt classique comme cheminement, non ? Sauf que le projet n'aboutit jamais, ses créateurs faisant preuve de trop de perfectionnisme, refusant même d'annoncer une date de lancement. « Le jeu sera lancé quand il sera prêt », clamaient-ils sur leur site. Eh bien en mai 2009, douze ans plus tard, la compagnie annonçait son abandon. À force de reporter le lancement pour intégrer de nouvelles technologies sans cesse dépassées l'intérêt du public s'est perdu et les fonds consacrés au développement, autrefois considérés comme illimités, se sont épuisés.

Mais de l'autre côté, un autre danger guette : lancer un produit imparfait. Quel meilleur moyen en effet de perdre sa clientèle, et de tuer un produit et la compagnie qui le pilote ! Les affaires sont les affaires, mais le client a toujours raison. Et il rejettera rapidement un produit bâclé. Alors comment concilier les deux ? Y a-t-il moyen d'avoir le meilleur des deux mondes ?

C'est ici qu'entre en scène le concept du logiciel de version « Bêta », terme que vous avez certainement déjà entendu. Un logiciel traversant différents stades au cours de son développement que les développeurs ont normalisé afin de s'y retrouver. Par exemple, immédiatement après la production d'un prototype, viendra une version Alpha. Par référence à la première lettre de l'alphabet grec, une version Alpha désigne la première mouture d'un logiciel encore incomplet destiné à une série de tests internes visant à l'améliorer et à finaliser certaines fonctions. Vous ne trouverez normalement donc jamais de version Alpha sur les tablettes...


« ...mais non mon gros bêta, s'il n'en avait pas il ne marcherait pas ! » (comptine connue)



Les plus vieux se souviendront de leur cours classique, en faisant le lien avec la deuxième lettre de l'alphabet grec, Bêta, qui désignera donc le seconde version née de ce processus d'amélioration. Ici encore, il s'agit d'une version test, mais qui pourra circuler dans le public sous ce nom. Installer une version Bêta n'est donc pas dénuée de tout risque car elle peut encore comporter de sérieuses lacunes, ou « bugs ». Car le but de l'opération est justement de tirer profit des installations d'une version Bêta sur de nombreux postes afin de faire ressortir les problèmes, les usagers étant invités à les communiquer au développeur. Viendront ensuite deux version, soit une version dite admissible destinée à déceler tout « bug » de dernière minute, puis la version finale, dite « stable » qui fera l'objet du lancement commercial. Tout ce qui viendra par la suite sera considéré comme des ajouts ou versions corrigées. On peut penser aux fameux « Service packs » de Microsoft qui corrigent des problèmes soulevés lors de la distribution de masse d'un logiciel.

Mais il faut cependant comprendre que ces règles ne sont pas d'application obligatoire et que chaque développeur est libre de gérer ses versions et ses lancements à sa guise. Par exemple, on se souviendra que le pionnier des applications de clavardage, ICQ, a pendant des années distribué ses produits qu'avec la mention « Bêta release », dans un but évident de limiter sa responsabilité. Mais la simple existence de ces catégories peut nous permettre d'être prudents avant d'installer un logiciel. Ainsi, mieux vaut y penser avant de plonger dans un logiciel Bêta, surtout dans un contexte professionnel.

Les développeurs doivent aussi être honnêtes et éviter de lancer des versions dites « stables » trop vite, tout en prenant rapidement en compte les commentaires des usagers et les problèmes qu'ils rencontrent. Il est difficile de comprendre par exemple, et je ne nommerai personne, que la distribution d'une importante mise à jour d'un logiciel de gestion d'étude provoque des problèmes pour tout un bureau, et que le service à la clientèle répondre être au courant car le même problème s'est manifesté chez plusieurs autres de ses clients. La distribution limitée, l'expérimentation d'une version sous étiquette « Bêta » et la correction des problèmes apparus avant la distribution massive d'une version stable aurait permis d'éviter de nombreux problèmes pour les clients, particulièrement dans le cas d'une application aussi capitale pour une étude notariale.


Donnez-moi de vos nouvelles !



Je profite de l'occasion pour vous redire à quel point j'aime recevoir vos commentaires ou suggestions. Depuis dix ans que je rédige cette chronique en ces pages, votre usage des technologies de l'information s'est étendu de façon spectaculaire. Aussi votre expérience pratique ne peut que contribuer à enrichir cet espace et à nous assurer que les sujets qui y sont traités collent à votre quotidien. Vous pouvez donc m'écrire au bsalvas@yahoo.ca pour toute question, commentaire ou suggestion, ou tout simplement pour me dire s'il fait beau chez vous ou pour me dire bonjour. Je ne suis pas gênant.

Un futé collègue m'écrit d'ailleurs ces jours-ci pour me dire qu'il est parvenu à déjouer le système, et à passer à Windows 7 même si le Registre foncier et Entrust ne supportent pas encore ce nouveau système de Microsoft. Ce confrère a utilisé la fonction de compatibilité disponible depuis quelques versions de Windows, afin de faire fonctionner Entrust sous Windows 7. Cette fonction fait en sorte que Windows 7 fonctionnera avec Entrust en faisant semblant d'être une version antérieure, soit XP ou Vista. Windows 7 reste lui-même, mais porte un masque pour confondre les logiciels qui ne lui sont pas encore compatibles.

Bien que cette solution semble avoir fonctionné pour ce confrère, je vous invite néanmoins à la prudence, et à contacter votre informaticien préféré ou Notarius pour vous assurer que des problèmes ne surgiront pas d'une telle configuration. S'il s'agissait de faire fonctionner le vieux jeu vidéo préféré de fiston, je vous dirais de foncer. Mais pour des applications professionnelles aussi importantes, je dois m'avouer un peu plus frileux. Ce doit être l'âge...

À la prochaine !

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