Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Février 2010 >>> Accroc du Web

Combien de temps passez-vous sur Internet chaque semaine? En faites-vous un usage exclusivement professionnel? Y naviguez-vous par plaisir? Êtes-vous capable de vivre hors de votre univers virtuel? Préférez-vous passez quelques heures à l'écran plutôt que d'aller jouer dehors? Vous sentez-vous impatient ou irritable quand vous n'êtes pas en ligne, euphorique quand vous vous y trouvez? Ce portrait correspond-t-il à un de vos proches? Peut-être s'agit-il de cyberdépendance.

Ces symptômes courants de la cyberdépendance peuvent aussi s'accompagner de conséquences physiques comme migraine, maux de dos, syndrome du tunnel carpien, insomnie, etc. Car la cyberdépendance n'est pas un mythe ou une légende urbaine. C'est une maladie dûment identifiée et documentée par la science depuis une quinzaine d'années, qui touche un nombre important d'internautes. En Chine par exemple, on évalue à 13 % le nombre d'internautes affectés d'une telle dépendance, ce qui est assez impressionnant en considérant que 137 millions de Chinois naviguent sur le Web.

Mon premier contact avec cette problématique m'est venu d'un client qui, avant même que le phénomène ne défraie la manchette, en fut presque acculé à la faillite. Travailleur autonome accroché à son écran presque jour et nuit, il délaissa graduellement ses clients et ses affaires et dut même être hospitalisé. Comme vous le voyez, les conséquences de la cyberdépendance peuvent être très graves, comme pour tout type de dépendance. Pas étonnant que plusieurs centres d'aide commencent à s'y intéresser, tendance qui ne devrait que s'amplifier avec la nouvelle réalité du Web 2.0.

Les blogues et les réseaux sociaux comme Myspace, Twitter ou Facebook, accroissent de façon importante l'imbrication du Web dans la vie quotidienne des internautes. S'il était possible de devenir accroc d'un Internet bibliothèque offrant principalement la possibilité de venir y consulter du contenu, la dépendance peut être encore plus grande maintenant que les internautes font littéralement l'Internet d'aujourd'hui. La rapidité avec laquelle l'information circule témoigne de façon éloquente de cette situation. Des exemples récents vus dans l'actualité comme le dévoilement prématuré du décès de personnalités, perçus à juste titre comme une intrusion dans leur vie privée, nous montre à quel point il devient nécessaire pour certains de gagner la course à la primeur. La popularité croissante des téléphones dits « intelligents » et autres gadgets qui permettent de maintenir une connexion constante des individus au Web, ne feront qu'amplifier le problème.

Alors que faire si l'accès au monde virtuel devient une dépendance? Le site Cyberdependance.ca suggère quelques pistes de solution. Tout d'abord, observer et analyser son usage d'Internet en utilisant une fiche d'auto-observation disponible sur ce site, vous permettra de confirmer ou infirmer vos soupçons et de bien diriger vos interventions. S'imposer des habitudes et comportements contraires, et privilégier d'autres activités aux heures habituelles de connexion, utiliser des minuteries ou alarmes pour contrôler la durée de sa présence en ligne font partie de l'arsenal des solutions. Également, rechercher des occasions de socialiser réellement plutôt que de se limiter aux contacts sociaux en ligne pour retrouver le plaisir de rencontrer des gens au-delà de l'écran. Et n'oublions pas que les plus jeunes auront besoin de se faire encadrer en ce sens pour leur éviter la dépendance. La jeune génération étant particulièrement exposée à ce risque, l'Internet faisant partie intégrante de leur univers. Mais le recours à de l'aide psychologique externe peut quand même s'avérer nécessaire dans les pires des cas.


Avoir la tête dans les nuages...
Aimiez-vous rêvasser dans votre jeunesse? Avant notre belle époque technologique, nous avions beaucoup plus d'occasions de nous installer confortablement et de ne rien faire à part nous envoler sur les ailes de nos neurones et de nous imaginer toutes les histoires du monde. Avoir la tête dans les nuages c'était, et c'est toujours, très plaisant et très important pour maintenir un minimum de clarté d'esprit dans le monde fou où nous évoluons. Mais voilà que nous pouvons maintenant envoyer nos fichiers dans les nuages...

C'est du moins ce que prétend Google, qui pousse un peu plus loin son principe de « cloud computing » en offrant à tout le monde un espace disque d'un gigaoctet pour conserver ses fichiers. Imbriqué dans son produit « Google docs », la suite bureautique gratuite qu'elle offre en ligne, le service d'entreposage gratuit de Google pourrait également être augmenté par l'usager moyennant un coût minime de vingt-cinq sous par année pour chaque gigaoctet additionnel.

Les détails de l'entente restent à être confirmés et examinés, mais deux éléments seront intéressants à vérifier. Tout d'abord la confidentialité des données, Google n'étant pas réputée pour être très respectueuse en ce domaine. Plus elle détient d'information pour ses recherches, plus Google fait de profits, alors les conditions entourant le stockage de données sur ses serveurs mériteront d'être examinées car il serait très étonnant qu'elle ait à ce point la tête dans les nuages... Ensuite, la localisation et le contrôle des données est également primordial. Le « Patriot Act » américain permettant aux services de renseignements de l'Oncle Sam d'accéder à toutes données stockées sur son territoire ou sur les serveurs d'entreprises américaines, l'entreposage dans les nuages Google de données confidentielles pourrait poser problème. Alors, pour le moment, la modération a bien meilleur goût!

À la prochaine!

Novembre 2009 >>> Nous sommes vraiment de petits vites !

Rassurez-vous, je ne vous propose pas un autre article sur Vincent Lacroix ou les autres bandits en cravate du même acabit. Quoiqu'en matière de « petits vites », ils sont plutôt difficiles à battre ! Je n'ai pas non plus l'intention de mettre mon grain de sel au débat en cours sur la vitesse des défenseurs du Canadien. Je ne m'intéresse pas tellement aux sports, sauf pendant les séries éliminatoires, si le Canadien y participe et a une certaine chance d'y faire bonne figure. Vous devinerez que je n'ai pas beaucoup regardé le hockey ces dernières années !

Mais nous dérapons... Non, vous l'aurez plutôt deviné, mon premier sujet du mois porte sur la vitesse. Tout d'abord, d'un point de vue technique, nous ferons le point sur notre usage d'internet. Saviez-vous, par exemple, que le Canada se place au cinquième rang mondial quant au pourcentage des foyers disposant d'un accès Internet haute vitesse ? Soixante-neuf pourcent des foyers canadiens sont ainsi connectés au Web. Et d'ici à 2013, il est projeté que ce pourcentage grimpera à quatre-vingt-un pourcent, plaçant le Canada au troisième rang ! Dans un pareil contexte, nous comprenons mieux les récriminations des habitants de régions éloignées des grands centres qui ne disposent pas de connections rapides. Avec la richesse du contenu multimédia formant le Web d'aujourd'hui, ils doivent en effet trouver le temps plutôt long s'ils ne disposent que de connections lentes. Dans l'état actuel du Web, de telles limites technologiques constituent une barrière pratique au simple accès à Internet. Souhaitons que ce problème soit résolu le plus tôt possible.

L'accès à haute vitesse à Internet deviendra donc de plus en plus une norme mininale, dans les pays industrialisés du moins. Car n'oublions pas les grandes disparités observées entre les pays en matière de développement informatique, et de fossé technologique qui se creuse entre les pays plus et moins développés. Mais en Occident, certains prennent la chose suffisamment au sérieux pour légiférer et stipuler un droit légal de chaque citoyen à disposer d'une connexion à haute vitesse. La Finlande vient de rejoindre à ce chapitre la Suisse et l'Estonie, ajoutant même la gratuité à l'équation. Chaque finlandais disposera donc bientôt d'un accès à Internet haute vitesse gratuit, leur gouvernement souhaite ainsi faciliter les communications avec ses citoyens et renforcer le développement du secteur technologique dans le pays.

« Eh ! Oh ! Pourquoi tu cours comme ça ? »
Donc, la vitesse est à l'honneur en notre 21e siècle. Plus question de patienter pendant que nos textes ou images se composent à l'écran un pixel à la fois. Quant à l'ordinateur super-rapide que vous venez d'acheter aujourd'hui, il vous paraîtra lent comme une tortue demain. Cette culture de la vitesse à tout prix finit par déteindre sur nos activités courantes et par nous faire perdre tous les bénéfices que nous espérions tirer de la révolution technologique. Car au lieu de laisser travailler ses ordinateurs, l'humain cherche à courir à la vitesse de leurs processeurs à double-coeur, alors que lui n'en a malheureusement qu'un seul. Pas étonnant que notre société moderne bouffe ses membres à coups de burn-out ou tente de les engourdir à force d'alcool, de drogues ou d'antidépresseurs.

Nous avons tous, je le crois, une réflexion à faire. Par exemple, pourquoi un notaire devrait-il exposer inutilement sa responsabilité en essayant de débourser les fonds d'une vente à la vitesse de l'éclair, uniquement parce que la publication électronique lui retourne un résultat positif dans les vingt-quatre heures ? Est-ce que la rapidité de notre système de publicité foncière fait disparaître les délais normaux de compensation des chèques et des traites bancaires qui ont servi à financer la transaction ? Pourquoi voudrait-il se transformer en bouclier humain de l'ère technologique en prenant sur lui la sécurité d'un système dont les tenants et aboutissants lui échappent ?

Respirons par le nez, comme disait l'autre. La rapidité des nouveaux outils de communication ne doit pas nous faire perdre de vue l'importance des services que nous sommes appelés à rendre et même, fondamentalement, notre qualité de vie, qui est garante de la tranquillité d'esprit qui ne peut que nous faire travailler mieux. Contrairement à la bonne pratique, la vitesse n'est pas un but en soi.

Facebook, Facebook, Facebook
La vie virtuelle en temps réel que nous connaissons aujourd'hui relève en grande partie de l'importance grandissante sur le Web des réseaux sociaux, Facebook en tête. L'imbrication de ce dernier dans le tissu social soulève quotidiennement toutes sortes d'interrogations et de problématiques nouvelles. Par exemple, saviez-vous qu'une Américaine vient d'être condamnée à un an de pénitencier pour avoir envoyé un « poke » sur Facebook ? Dans la vision de Facebook, envoyer un « poke » équivaut à taper sur l'épaule de quelqu'un dans la vraie vie. Aucun mot n'est échangé, et le geste peut équivaloir à une salutation, à un encouragement, etc. Mais il peut aussi avoir un sens plus menaçant selon les circonstances, par exemple si le gentil tapotement provient d'un créancier impayé ou de l'ex de votre nouvelle flamme...

Sur le site, le destinataire sera simplement informé qu'un autre usager lui a envoyé un poke. Donc qu'il le salue, pense à lui ou a visité sa page, l'intention réelle demeurant généralement comprise que par les personnes impliquées. Or, un tribunal américain vient d'associer le fait d'envoyer un tel signal sur Facebook à du harcèlement et à un bris de conditions. L'expéditrice du « poke » étant, il faut le dire, sous le coup d'un ordre de protection de la cour lui interdisant de communiquer avec la destinataire. Le « je pense à toi » sous-jacent au « poke » en question ayant ici été considéré comme menaçant et défiant les injonctions du tribunal. Le Web est vraiment entré dans les moeurs... Intéressant, non ?

À la prochaine chicane...

Septembre 2009 >>> Vous avez dit Web 2.0 ?

À force de frayer dans ce domaine depuis des années, vous devez bien vous douter que j'ai quelques amis informaticiens. L'un d'eux me racontait récemment qu'il surnommait ses enfants « Fiston 1.0 » et « Fiston 2.0 ». Parlez-moi d'un beau cas de déformation professionnelle ! J'en parlais justement l'autre soir à mes deux garçons, « sceau » et « endos », et ils n'en revenaient pas !

Mais blague à part, cette façon de faire des informaticiens quand vient le temps de désigner leurs créations est en train d'entrer dans les moeurs. Un peu comme le chiffre « 101 » qui a quitté le domaine de l'enseignement pour servir à toutes les sauces, la manière qu'ont adoptée les informaticiens pour désigner les versions de leurs logiciels semble promise à un bel avenir dans la société.

C'est un peu ce qui arrive avec ce que l'on appelle le Web 2.0, que l'on entend un peu partout par les temps qui courent. Et comme nous nageons ici encore en plein univers technologique, le terme peut laisser entendre que nous vivrons une nouvelle révolution informatique. Il n'en est pourtant rien, car ce phénomène ne comporte aucune nouvelle mutation technique ou logicielle pour les usagers d'Internet. Bien au contraire, le Web 2.0 fait référence aux changements que les internautes ont eux-mêmes imposés au Web par leur usage renouvelé de sa technologie.

À son origine, la Toile se composait de pages Web codées de façon statique. Un peu comme un document de traitement de texte, l'usager ne pouvait que se contenter d'en lire le contenu. Et les documents produits étaient figés jusqu'à modification par leur auteur, à une adresse donnée du Web. Quant à l'auteur, il devait s'occuper lui-même de mettre à jour le texte mis en ligne, bien souvent de façon manuelle. L'interaction se limitait bien souvent en un simple échange de courriels à l'aide d'adresses publiées sur les pages en question.

C'est qui le patron ici ?
L'évolution de la technologie a permis d'augmenter le degré d'interaction en temps réel entre sites et usagers, puis entre usagers. Depuis quelques années sont donc apparus les blogues, qui permettent à quiconque de partager rapidement et facilement tout contenu qu'il souhaite rendre public, ainsi que les sites de réseautage comme Facebook, MySpace, etc. On pourrait donc dire que maintenant, grâce à ces technologies, les usagers ont pris le contrôle du Web. Et c'est là que se trouve la révolution du Web 2.0. De lecteur passif, l'internaute est devenu éditeur et producteur actif. De plus en plus, les internautes font le Web. Il va sans dire que ce changement de statut implique de nombreuses conséquences juridiques, particulièrement sur le plan de la protection de la vie privée, du droit à l'image ou de la propriété intellectuelle. Pensez à cette dame qui, cet été, a innocemment publié les photos de ses vacances en famille sur Facebook sans réaliser que son mari était le nouveau patron des services secrets de sa Majesté, entraînant la destruction de sa « couverture » et un embarras national important1. James Bond n'avait pas de tels ennuis dans les années 60...

D'autre part, la popularité des applications Web contribue aussi au phénomène. Ainsi, selon Wikipédia, le Web 2.0 implique que le Web constitue maintenant « une plateforme informatique à part entière, fournissant des applications Web qui remplaceront progressivement les applications de bureau traditionnelles ».

Nous avons déjà abordé la question des applications Web sous l'angle de la gestion des licences, qui constituait à l'époque leur principal avantage2. Principalement alors l'apanage d'importantes et dispendieuses suites logicielles commerciales spécialisées, les applications Web (que l'on nommait alors « serveurs d'applications ») permettent à quiconque d'utiliser des logiciels par l'entremise d'un serveur, à l'aide d'un simple navigateur. Le nouveau logiciel de création de formulaires du RDPRM est un excellent exemple de cette façon de faire.

L'application Web prend cependant un nouveau sens dans l'optique Web 2.0, surtout avec la miniaturisation de plus en plus poussée des systèmes informatiques. Il devient maintenant possible d'accéder au Web à partir d'ordinateurs de plus en plus petits, qu'il s'agisse de tablettes Web, de « Netbooks » ou encore de téléphones cellulaires intelligents comme le iPhone, et il est très intéressant de ne pas avoir à gérer l'installation et la présence de multiples et lourdes applications de productivité sur ces poids plume.

Microsoft ? C'est quoi ça ?
En définitive, nous venons de brosser ici la toile de fond de la querelle de titans qui oppose présentement, dans le coin droit, Google, et dans le coin gauche, le tandem improbable Microsoft/Yahoo. La possibilité de présenter aux internautes des solutions complètes de productivité/recherche/communication en ligne devient fondamentale à quiconque voudra contrôler le nouveau Web et les importants revenus publicitaires découlant de la fidélisation de la clientèle Internet.

Ce nouveau contexte Web 2.0 explique ainsi l'importance pour Microsoft de renforcer la position concurrentielle de son moteur de recherche « Bing » en le jumelant à l'important contenu présenté par Yahoo et de rendre prochainement disponible une version en ligne gratuite de sa suite Office3. Dans la même foulée, cette mutation du Web explique pourquoi Google rendait disponible sa propre suite bureautique gratuite en ligne (Google documents), son propre navigateur (Google Chrome) et, prochainement, son propre système d'exploitation (Google Chrome OS) destiné principalement aux Netbooks et autres petits appareils du genre. De cette façon, Google veut s'assurer que quiconque pourra naviguer sur Internet et y trouver réponse à tous ses besoins, sans utiliser un seul logiciel Microsoft ! Qui eut cru une telle chose possible il y a quelques années ?

Voilà donc le pourquoi du comment... Car rien n'arrive innocemment dans le merveilleux monde de la technologie. Vous serez maintenant, je l'espère, mieux à même désormais d'apprécier et de comprendre les coups que se portent les adversaires en cause. D'ici au Web 3.0, bien entendu...

À la prochaine!

1 « British spy chief's cover blown on Facebook », Reuter's, 5 juillet 2009, http://www.reuters.com/article/internetNews/idUSTRE56403820090705

2 Garçon ! L'addition s'il vous plaît ! Entracte, avril 2006, http://www.cybernotes.info/entracte/200604.texto.pdf

3 Microsoft Office to go online - for free , CNN Money, 13 juillet 2009, http://brainstormtech.blogs.fortune.cnn.com/2009/07/13/microsoft-office-to-go-online-for-free/

Juillet 2009 >>> Faux antivirus, vrai problème

Dans la vie, il est souvent difficile de démêler le vrai du faux, surtout à une époque aussi folle que la nôtre où tout est fondé sur l'image et, trop souvent, la dissimulation. Le Web y est-il pour quelque chose ? À force d'y naviguer, d'y faire affaires, d'y rencontrer des gens et de transiger avec eux sans jamais voir un être humain en face, nous habituons-nous à jouer un jeu, à nous méfier et à nous développer une personnalité différente de nous-mêmes ? Devenons-nous des avatars à plein temps et habituons-nous nos enfants, dès leur plus jeune âge, à jouer un rôle à travers des sites de jeu virtuel développés pour eux ?

Il y aurait certainement un beau débat philosophique à faire là-dessus mais rassurez-vous, je ne suis pas philosophe. Surtout pas à ce temps-ci de l'année, entre deux ventes de bungalow ! Mais il n'en demeure pas moins que de distinguer le vrai du faux sur le Web est une entreprise hasardeuse. Il serait même probablement plus facile de survivre à trois mois d'apnée cérébrale dans un loft télédiffusé que de chercher à démêler l'écheveau de mensonges qui se tisse quotidiennement sur Internet, où l'offre la plus anodine peut s'avérer être un piège à con.

Rappelons-nous par exemple de l'époque où les virus ou autres codes malveillants se retrouvaient sur les seuls sites des pirates informatiques. Une simple visite sur un de ces sites pouvait remplir votre ordinateur de suffisamment de virus pour tenir un technicien occupé pendant un sérieux bout de temps1. Visiter certains groupes de nouvelles ou de discussion aurait aussi alors résulté en un résultat assez semblable. Mais au moins, à cette époque, on pouvait prévoir avec relativement de précision où les menaces se retrouvaient et comment éviter ces parties du réseau.

C'était le bon vieux temps. Aujourd'hui, les pirates sont plus inventifs et cherchent plutôt à insérer du code malveillant sur des sites légitimes, à l'insu de leurs opérateurs. Branchez-vous nous apprenait récemment que plus de vingt mille sites avaient été infectés de cette façon, les bidouilleurs profitant de failles de sécurité des serveurs concernés pour y loger des logiciels espions ou autre nuisances qui s'en prendront aux visiteurs de ces sites2. Les sites ciblés traiteront généralement de sujets à la mode, histoire de maximiser l'effet de l'intrusion. L'éditeur de logiciel anti-virus McAfee publie d'ailleurs de temps à autre les termes de recherche les plus susceptibles de vous faire atterrir sur un site infecté. En tête de liste on retrouve « screensaver », « free games », « twilight » et « Barack Obama »3... À ce chapitre, sachez que certains anti-virus, comme AVG par exemple, ajouteront systématiquement à vos résultats de recherche Google un icône vous indiquant si les sites retracés comportent ou non un risque de sécurité, ce qui peut vous éviter des désagréments.

Je te rends malade pour te vendre des pilules
Mais quel genre de problèmes peut-on rencontrer sur un site infecté de la sorte ? La nouvelle mode est le faux anti-virus. Véritable prise d'otage d'ordinateur, cette pratique débute par l'infection du système de la victime avec un virus ou un espiogiciel. La bestiole détournera habituellement le navigateur Internet de sa victime, changeant sa page d'accueil et ouvrant de multiples fenêtres publicitaires rendant la navigation pénible, voire impossible. L'étape suivante consistera à présenter à l'utilisateur une fenêtre mentionnant qu'un virus a été détecté dans l'appareil, souvent à l'aide d'une fenêtre imitant l'allure des fenêtres du système Windows, et lui offrant une solution. S'il clique pour accepter, l'arnaqué imprudent sera amené sur le site d'un faux logiciel anti-virus présenté comme la seule solution pour retirer la menace détectée et mettre fin à ses misères. Évidemment, l'argent déboursé pour l'achat de ce logiciel ira dans les poches du malfrat, et la désinfection du système n'aura pas nécessairement lieu. Quant au sort du numéro de carte de crédit obtenu par ce stratagème, je vous laisse le deviner...

Alors que faire en pareil cas ? Surtout, ne pas céder à la tentation d'acheter le logiciel proposé. Car vous aurez évidemment compris qu'il s'agit d'une arnaque. Mieux vaut vous équiper d'un logiciel reconnu de détection et d'élimination d'espiogiciels, comme Adaware, SpyBot, etc. Votre anti-virus régulier pourrait aussi vous aider, tout dépendant du type d'infection dont votre machine souffre. Mais ne vous découragez pas, le travail peut être long et nécessiter l'usage de plus d'un logiciel de désinfection. N'oubliez pas que patience et longueur de temps valent mieux que force et rage... Alors quand vous n'en pourrez plus, que vous en serez à votre vingtième redémarrage et que vous aurez le goût de débrancher l'animal et de le tirer par la fenêtre en lançant un grand cri, rappelez-vous que vous pouvez toujours faire appel à votre technicien favori...

Exit le papier ?
Nos forêts doivent pousser de grands soupirs de soulagement en voyant se développer de plus en plus les technologies capables de remplacer le papier dans nos usages quotidiens. Loin de croire que ce remplacement pourrait être intégral, il n'en demeure pas moins que de grandes économies de papier pourraient découler de l'essor récent du livre électronique.

Longtemps handicapés par les capacités de leurs écrans à offrir aux utilisateurs une lecture confortable, ces appareils offrent maintenant une technologie mieux adaptée à l'oeil humain tout en ajoutant des fonctions que le papier ne peut offrir, comme la recherche en plein texte. La vente d'appareils comme le « Sony Reader », ou le « Kindle » d'Amazon capables de stocker des livres entiers ou vos périodiques préférés, est en plein essor, entraînant le développement d'une toute nouvelle industrie. Google s'apprête par exemple à rendre disponible plus d'un demi-million de bouquins pour téléchargement vers de tels appareils, suivant ainsi Amazon.com. Du côté francophone aussi l'intérêt se développe, par exemple chez Archambault qui vendra dès cet été un millier de titres francophones en format électronique.

On ne peut qu'imaginer l'impact d'une telle technologie dans le domaine de l'information, le téléchargement de votre journal quotidien venant réduire dramatiquement la consommation de papier et les coûts d'impression.

Mais pour plusieurs, rien ne remplacera la lecture d'un bon vieux bouquin, dans un hamac, par un beau dimanche après-midi...

À la prochaine !

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1Et c'est probablement encore le cas...

2http://techno.branchez-vous.com/actualite/2009/06/20_000_sites_pirates_pour_infe.html

3« The Web's most dangerous keywords to search for » ZDNet, 27 mai 2009, http://blogs.zdnet.com/security/?p=3457&tag=nl.e540.

Mai 2009 >>> Oubliez le noir : la mode est à l'ordinateur vert !

Par les temps qui courent, tout le monde se met à l'heure de la protection de l'environnement. Ce n'est pas trop tôt me direz-vous, et avec raison. Je trouvais particulièrement déprimant d'entendre parler jour après jour des conséquences du réchauffement planétaire sans sentir un vent de changement se lever. Aujourd'hui, la société semble conscientisée et intéressée à la question ; c'est déjà un pas de franchi. Il nous reste maintenant à agir. Je vous propose donc ce mois-ci une chronique informatico-environnementale qui vous montrera que la gestion responsable de nos parcs informatiques peut aussi avoir un impact sur la planète.

Consomme, consomme...
Cette chronique s'inspire donc du mouvement « Green IT », qui prône une attitude écologiquement responsable chez les utilisateurs informatiques. À l'origine, ce mouvement ne concernait à peu près que les responsables d'importants parcs de serveurs informatiques et se limitait à limiter la consommation électrique de ces équipements énergivores. Mais aujourd'hui, le mouvement prend de l'ampleur tant dans son étendue que dans ses objectifs.

Malgré les apparences, un ordinateur consomme beaucoup d'électricité et génère une quantité importante de chaleur et contribue donc à l'épuisement des ressources et au réchauffement global. Et ce, sans parler du gaspillage phénoménal de ressources engendré par la production et de la distribution des appareils informatiques, ni de la pollution résultant de leur mise aux rebuts. Selon une étude de 2009, les ordinateurs utilisés en entreprise aux États-Unis produiraient à eux seuls 20 millions de tonnes de dioxyde de carbone, soit autant que quatre millions d'automobiles ! L'idée que l'informatique est moins polluante que l'usage du papier est donc un mythe à combattre. Il est maintenant établi que la dépense énergétique d'un ordinateur pendant sa durée de vie est largement supérieure à son prix d'achat, et que la consommation mondiale découlant de l'usage de composantes informatiques augmente de 5 % chaque année. Une bonne part des besoins en nouvelles centrales électriques découle donc du virage technologique... Ouf ! Avec la multiplication des ordinateurs à l'échelle planétaire, chaque petit geste peut donc faire une différence.

Ne pensons qu'à Google par exemple. Même si aucun inventaire officiel n'est disponible publiquement, certains informaticiens curieux ont estimé qu'en 2007, Google aurait été propriétaire d'environ 150 000 ordinateurs en fonction de façon permanente, 24 heures par jour, pour réussir à rendre les services qu'elle rendait à ce moment-là. On comprend aisément qu'une réduction, même minime, de la consommation électrique de ces appareils puisse avoir une incidence importante sur l'empreinte écologique de Google, et que les investissements requis pour ce faire sont largement compensés par l'économie d'énergie correspondante. Par exemple, la compagnie Dell qui possède quant à elle environ 50 000 ordinateurs, réalise des économies annuelles de plus de deux millions de dollars US en adoptant simplement la politique de fermer systématiquement ses machines la nuit1!

Maman! J'ai chaud !
À une plus petite échelle, la même logique s'applique à nos bureaux. Et collectivement, je parie que les notaires pourraient faire une différence encore plus grande et réaliser des économies du même coup. Fermer son appareil la nuit et la fin de semaine, c'est un excellent début. Rappelez-vous aussi que Windows dispose d'une fonction de gestion de l'alimentation qui vous permet de mettre le système en veille s'il n'est pas utilisé pendant un certain temps. Il faut aussi réaliser qu'une partie importante de la consommation électrique d'un ordinateur provient de ses ventilateurs. Les processeurs ayant tendance à surchauffer, il est primordial qu'un ordinateur soit bien aéré. Veillez donc à placer votre machine à l'air libre et à éviter le mobilier de bureau où les ordinateurs se retrouvent enfermés. Je suis d'accord qu'un ordi n'est pas l'objet le plus joli, mais le cacher ainsi entraîne certaines conséquences, qui peuvent même aller jusqu'au décès de la machine pour cause de surchauffe. Et comme les sorties d'air principales se situent à l'arrière de la machine, le fait que l'avant de l'ordinateur soit dégagé ne change pas grand-chose ...

Et un logiciel, est-ce énergivore? Mais non, voyons ! Un logiciel n'est pas branché au circuit électrique et ne consomme rien! Vraiment? Tout logiciel, lorsqu'il fonctionne, s'approprie pourtant une partie de la capacité du processeur et de la mémoire d'un ordinateur. Plus vous ouvrez de logiciels à la fois, plus votre processeur est utilisé, plus il consomme de l'énergie et plus il génère de la chaleur. C'est aussi bête que ça. Prenez donc l'habitude de fermer les logiciels que vous n'utilisez pas, et de nettoyer la liste des logiciels que votre ordinateur ouvre automatiquement au démarrage. Vous seriez surpris de voir tout ce qui roule en arrière plan de votre traitement de texte ou navigateur préféré... Votre machine consommera un peu moins d'énergie, et sera même plus performante.

Les nouvelles versions des logiciels demandant toujours de plus en plus de mémoire et de ressources, il est normal que votre « vieille » machine soit moins performante après une mise à jour logicielle. Avez-vous remarqué, par exemple, comment votre bécanne rame depuis que vous avez fait le passage à Office 2007 ? L'ajout de mémoire à votre machine l'aidera à gérer ces nouvelles demandes, à rouler un peu moins vite, tout en vous permettant souvent de reporter à peu de frais le moment de son remplacement.

Il faudrait aussi prendre l'habitude de s'assurer, lors de l'achat d'un nouvel équipement, d'évaluer sa consommation électrique car certaines machines sont beaucoup plus énergivores que d'autres. Par exemple, un ordinateur portable est par définition beaucoup plus économe en énergie puisque ses concepteurs font un effort additionnel pour lui donner la plus longue autonomie possible. Certains malins iront jusqu'à recommander à ceux qui se font bâtir des ordinateurs sur mesure d'utiliser des processeurs et disques durs destinés à des ordinateurs portables afin de se doter d'une machine fixe plus écologique. Pas si bête que ça...

À la prochaine!

1. Le soir, éteignez votre ordinateur! Branchez-vous, 25 mars 2009,

http://benefice-net.branchez-vous.com/actubn/2009/03/le_soir_eteignez_votre_ordinat.html

Mars 2009 >>> Je le trouve, je le garde !

Dans mon bureau, j'ai un tiroir spécial. Un tiroir de garçon, rempli de toutes sortes de trucs tout à fait inutiles, dont je ne me sers jamais, mais dont je ne me déferais pour rien au monde. Ressorts, vieux stylos, timbres, petits objets d'origine et d'utilité inconnues... Certains ne s'y trouvent que depuis peu, d'autres m'ont suivis à travers plusieurs déménagements. Ils n'ont pas beaucoup de valeur mais plusieurs me rappellent des événements agréables, de beaux souvenirs. Je crois que tous les hommes ont un pareil tiroir. Mon père en avait un où je me plaisais à fouiner, en prenant bien soin de tout remettre en place. Aujourd'hui, j'ai découvert que mes fistons en ont un chacun. La tradition se maintient.

Bon... les malins me diront que mon destin était vraiment de me lancer dans le notariat, profession vouée à la conservation. C'est un peu vrai. Même s'il est plus rare que de beaux souvenirs leurs soit rattachés, l'importance de préserver l'accès aux informations détenues par le notaire est beaucoup plus cruciale. En cette ère du document dématérialisé, le notariat québécois n'est pas le seul à se questionner sur la pérennité des informations consignées sur support informatique. Car le problème est de taille, et m'a toujours interpellé.

En effet, les archives électroniques, à la différence des dépôts traditionnels, courent le risque de devenir totalement inutile par la désuétude des systèmes et des applications qui ont servi à les créer, et ce malgré le fait que leur conservation soit entourée de toutes les mesures de sécurité possibles. Par exemple, de vieux fichiers générés sous une version antique de WordPerfect ou de Lotus 123 pourraient peut-être ne plus être ouverts et utilisés sur nos systèmes...

Papa ! Ça ne marche plus !
Mettant de côté la problématique des fichiers signés numériquement qui soulèvent des questions techniques et juridiques plus complexes, une des pistes de solution est de s'assurer que le passage à un autre logiciel d'application soit accompagné d'une migration des fichiers archivés vers le nouveau format utilisé. Sinon, quelques tests s'imposent afin de s'assurer que le nouveau système dispose des filtres et des convertisseurs nécessaires à l'ouverture vos antiquités quand vous en aurez besoin.

Il n'en demeure pas moins que subsistent, et subsisteront toujours, quelque part, des fichiers illisibles, conservés sans trop d'espoir de pouvoir les consulter ou dont les propriétaires ignorent tout simplement qu'ils sont devenus inutiles. Ceux qui, comme moi, sont passionnés d'histoire et d'archéologie pourront comparer la problématique à la découverte d'archives importantes d'une civilisation disparue, mais qui restent inutiles parce que rédigées dans un dialecte que plus personne ne comprend. Comment régler ce problème?

Si cette question vous préoccupe, vous pourrez finalement bien dormir ce soir car une équipe de chercheurs anglais a décidé de s'attaquer au problème1. Leur projet surnommé KEEP (2), vise en effet à produire un logiciel d'émulation permettant d'ouvrir une multitude de fichiers informatiques de formats tombés en désuétude. L'ambitieux projet jouit d'un financement important, près de six millions de dollars, et est mené par l'Université de Portsmouth en Angleterre.

Mais qu'est-ce au juste que l'émulation ? Wikipedia nous dit que « [...] l'émulation consiste à substituer un élément de matériel informatique - tel un terminal informatique, un ordinateur ou une console de jeux - par un logiciel ». Nous comprenons donc qu'il s'agit ici de créer un logiciel qui pourra simuler la façon de faire de systèmes et d'applications disparus, et d'utiliser correctement des fichiers générés sous leur code. Il existe déjà de nombreux émulateurs sur le Web, permettant par exemple aux fanatiques de certains jeux vidéos disparus de renouer avec des plaisirs qu'ils croyaient envolés, ou encore d'émuler le fonctionnement de la ligne de commande DOS et d'accéder ainsi à certaines de ses fonctions.

Le projet KEEP vise donc à éviter que ne se répète à notre ère la disparition dramatique de documents relatant des pans entiers de l'activité humaine. Car le problème n'est pas banal. Le seul Département des archives de sa Majesté Britannique estime détenir des fichiers en formats désuets qui, une fois décodés, pourraient remplir une encyclopédie de près de 600 000 volumes ! La possibilité que toutes ces informations soient perdues à jamais constituerait donc une véritable tragédie pour la culture mondiale. Sans compter que la recherche d'accès à des données anciennes entraîne des coûts importants pour l'économie, estimés à près de cinq millions de dollars par an seulement en Europe. Souhaitons donc bonne chance au projet KEEP !

Mentalité bleue, cabinet noir
Je ne peux plus m'en cacher, puisque j'ai fait mon coming out tout à l'heure : je suis un mordu d'histoire, particulièrement du siècle des Lumières. Ce siècle pétillant où se sont affrontés aristocrates libertins et paysans affamés, penseurs égalitaires et gouvernants autoritaires, est le bouillon de culture d'où est sorti notre monde actuel. Pas étonnant de retrouver encore aujourd'hui chez nos politiciens certains vieux réflexes issus du Grand Siècle.

Le « cabinet noir » désignait les bureaux des services de renseignement dédiés à la surveillance des communications privées. Sous le couvert des services postaux naissants, les gouvernements de l'époque se dotaient en effet d'un puissant outil d'espionnage dont les activités consistaient à ouvrir, lire et souvent copier, le courrier des citoyens. Notre bon gouvernement fédéral veut donc ressusciter le cabinet noir3 à l'aide d'une loi forçant les fournisseurs d'accès Internet à laisser les services policiers surveiller les échanges électroniques des citoyens.

Même si cette loi prévoira l'obtention d'un mandat judiciaire pour permettre l'accès aux données, la nature même du Web rend toute forme de surveillance beaucoup plus inquiétante que la simple installation d'une table d'écoute téléphonique. En effet, la plupart des législations existant présentement en la matière dans le monde oblige les fournisseurs non pas à laisser accès aux policiers à leurs systèmes à partir d'une date donnée, mais les force plutôt à accumuler les échanges en vue d'un accès éventuel. Les forces de l'ordre obtiennent donc alors rétroactivement copie des échanges, ce qui dépasse largement la portée de la simple écoute électronique traditionnelle.

De là à conclure que nous pourrions tous être désormais sous surveillance constante, il n'y a qu'un pas ! L'annonce est récente, mais mérite que nous suivions de près son évolution. Nous aurons certainement l'occasion d'y revenir.

À la prochaine !

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1« Un logiciel pour lire les vieux formats », Branchez-vous, http://techno.branchez-vous.com/actualite /2009/02/un_logiciel_pour_lire_les_vieu.html ; voir aussi « Fresh start for lost file formats » BBC News, http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/7886754.stm?format

2 Keeping Emulation Environments Portable.

3« New law to give police access to online exchanges », Globe and Mail, http://www.theglobeandmail.com/servlet/story/RTGAM.20090212.wwiretap12/BNStory/National/?cid=al_gam_nletter_techweekly

Décembre 2008 >>> Êtes-vous imprudent ?

Je ne sais pas si c'est moi, mais il me semble que tout le monde parle de sécurité ces temps-ci. Les Américains empilent des blocs de béton sur nos frontières, les commerçants nous vendent des casques pour toutes occasions, même les publicités d'assurance nous montrent des gens qui se promènent enroulés dans des matelas. George Carlin1, mon humoriste fétiche, disait toujours qu'il fallait vivre dangereusement, mettre un peu de risque dans nos vies et arrêter d'agir comme des mauviettes2. La vie est courte ! Pimentons notre existence : traversons sur le feu rouge, passons sous des viaducs, mangeons du poulet frit ! Un peu de nerf les copains, et faites donc les trois en même temps !

Un tel langage vous choque-t-il ? Vous commencez sans doute à me connaître un peu, et vous vous êtes probablement dit que je dois être devenu complètement fou. Moi qui prêche la sécurité informatique en ces pages depuis des années en vous parlant d'anti-virus, de mur coupe-feu, de protection des renseignements personnels, voilà que je vous dit que vivre dangereusement est plus amusant ! En fait, c'est peut-être vrai dans certains domaines, mais en informatique ce n'est vraiment pas le cas. Et si vous avez réagi, je suis bien content, car vous me prouvez que je n'ai peut-être pas écrit toutes ces pages pour rien3.

Votre réaction à mes élucubrations prouve probablement que vous êtes tout simplement prudents. La prudence n'est-elle pas une des plus grandes qualités du notaire ? D'ailleurs, selon de récents sondages menés en matière de sécurité informatique, sondages qui font l'objet de la présente chronique, vous faites partie d'un groupe majoritaire. Ces sondages ont été menés par l'ISIQ4, organisme qui se consacre à la sensibilisation de la communauté en matière de sécurité informatique, le sujet de l'heure dans le domaine. Car une fois relevé le défi de faire passer la société à l'ère informatique, l'étape normale suivante est de diminuer les risques découverts pendant la négociation de ce virage.

J'éviterai le plus possible de vous bombarder ici de données aussi endormantes qu'un formulaire d'hypothèque5. Je vous en donnerai toutefois les grandes lignes. L'ISIQ classe ses répondants en quatre catégories : les imprudents, les confiants, les prudents et les méfiants. Sans grande surprise, prudents et méfiants constituent, à 68 %, le plus grand nombre des internautes. De ce nombre, 20 % se déclarent carrément méfiants. Un peu de paranoïa ne fait jamais de tort, non ? Surtout qu'en la matière, ce trait de caractère apporte généralement au principal intéressé un plus haut degré de sécurité. Les 32 % restants se partagent entre imprudents et confiants. Lequel est le plus à risque ? Difficile à dire, surtout que les définitions données par les sondeurs sont très similaires. D'un point de vue grammatical cependant, et toujours dans notre contexte, je préfère l'imprudent au confiant. Au moins, l'imprudent s'assume : il s'en fout carrément. Il vit dangereusement et suit les préceptes de mon ami Carlin ! Et à moins qu'il ne lui arrive quelque chose de grave, je parie qu'il restera toujours imprudent. Le confiant me déplaît plus. Pour lui, il est inutile de prendre des mesures de sécurité car il ne lui arrivera jamais rien : « tout va très bien Madame la marquise » ! Croyant probablement aussi que la récession secouera toute la planète sauf le Canada, il est persuadé que son identité ne sera jamais volée, que son ordinateur ne plantera jamais, qu'il ne perdra jamais de données, etc. Un beau cas d'aveuglement volontaire. Il a au moins le mérite de pouvoir se réveiller un jour.

Mais à travers la masse de résultats présentés dans ces sondages, certains ont piqué ma curiosité. On y apprend par exemple qu'un tiers des répondants partagent le mot de passe de leur ordinateur avec des membres de leur famille ou avec des amis. On ne nous dit cependant rien sur le partage de leur brosse à dents, mais je vous laisse tirer seul les conclusions qui s'imposent sur cette comparaison boiteuse et un peu dégoûtante.

Blague à part, le sondage nous apprend aussi que les PME semblent accorder de plus en plus d'importance à leur sécurité informatique. Plus de 65 % considèrent investir suffisamment dans les moyens techniques de protection et la gestion des risques de sécurité, bien qu'elles semblent être moins satisfaites de leur performance en matière de formation et de sensibilisation du personnel (53 %). Par ailleurs, si près de 40 % des répondants emploient une à deux personnes dont les activités professionnelles sont consacrées à la sécurité de leur information et un autre quart confie ces tâches à contrat ou à un employé à temps partiel, le tiers des PME restent encore sans ressources à cet égard.

Mais dans l'ensemble, le sondage nous fait constater que les choses ont quand même évolué, ce qui est une bonne nouvelle. On pourrait comparer cette évolution aux débuts de l'usage de l'automobile car personne, au début du 20e siècle, ne pensait à inciter les premiers automobilistes à porter une ceinture de sécurité ou à faire installer des coussins gonflables dans leurs bagnoles. D'ailleurs, de nombreuses autos de l'époque n'avaient même pas de toit, c'est pour vous dire ! Ce n'est qu'au fil du temps, et des accidents, que l'utilité d'imposer des mesures de sécurité se sera fait sentir.

Donc, si nous parlons tant de sécurité informatique aujourd'hui, c'est pour une seule raison : nous sommes simplement rendus là. Et que dire du notariat québécois dans tout ça ? En étant l'une des premières professions à tirer profit des capacités informatiques dans son travail quotidien, le notariat s'est transfiguré et a fait figure de précurseur du virage technologique au Québec. Il est donc normal que nous arrivions les premiers aux questionnements de sécurité, et que nous soyons encore les premiers mettre en oeuvre des solutions. Notre devoir de confidentialité et de sécurisation des transactions nous impose de bonifier nos pratiques afin de conserver le statut privilégié que nous accorde la population. Les changements à venir imposeront plusieurs modifications à nos habitudes et même si elles seront pour le mieux, elles nécessiteront des efforts de chacun. Qui a dit que la vie était facile ? Allons, un peu de nerf et d'efforts les copains ! Et cessons de vivre dangereusement !

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1 http://en.wikipedia.org/wiki/George_Carlin

2 Son vocabulaire était un peu plus cru, mais le message était essentiellement le même !

3 et à la sueur de mon front...

4 L'Institut de sécurité de l'information du Québec (ISIQ), sur Internet au https://www.isiq.ca/

5 Vous pouvez de toutes façons accéder à la présentation des sondages en questions directement sur le site de l'ISIQ (Sondage auprès des citoyens : https://www.isiq.ca/fr/Documents/sondage_SI_citoyens.pdf ; sondage auprès des PME : https://www.isiq.ca/fr/Documents/sondage_SI_PME.pdf ).