Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Février 2012 >>> N’oubliez pas la fiche ! * (Première partie)

 À Rome, on fait comme les Romains. Mais il faut quand même constater à quel point certains mots peuvent être utilisés différemment d’un pays à l’autre. Par exemple, certains savent probablement que demander un reçu à un chauffeur de taxi parisien vous vaudra à coup sûr un « plaît-il ? » dont le degré de politesse variera aussi en fonction du chauffeur concerné... Car à Paris, il faut demander une « fiche ». Je l’ai appris en voyageant avec un collègue qui terminait toujours nos parcours en disant aux chauffeurs « N’oubliez pas la fiche ! »…

 Quel est le rapport de cette introduction avec ma chronique ? Il n’y en a pas vraiment, car nous parlerons ici d’une tout autre fiche. Mais son importance est cependant aussi grande, tout comme celle de la remplir correctement. Notre sujet ce mois-ci est donc la fameuse fiche d’information que vous devez remplir au moment d’imprimer et d’utiliser les autorisations de signatures reçues à travers la Solution de gestion des radiations de la plate-forme Assyst Immobilier.

C’est quoi ça, et à quoi ça sert ?

Vous êtes nombreux à vous questionner sur cette fiche d’information et à contacter le Centre d’expertise en droit immobilier (CEDI) à ce propos. C’est d’ailleurs à la demande du CEDI que je tenterai ici de faire pour vous le tour de la question.

Tout d’abord, il faut bien comprendre que l’existence de la fiche d’information et le rôle qu’elle joue n’est pas une exigence de la seule plateforme Assyst Immobilier, ni des créanciers qui l’utilisent dans la gestion de leurs radiations. Certains d’entre vous peuvent avoir cette impression, car c’est la première fois que l’usage d’un pareil document est ainsi systématisé. Bref, ce n’est ni Telus ni Desjardins qui l’imposent; cette formalité est bel et bien une obligation découlant de la loi. L’utilisation d’un document équivalent devrait même être prévue dans tous les cas où un document passe du format électronique au format papier, ou vice versa. Pour en comprendre la cause, il faut recourir à la Loi sur le cadre juridique des technologies de l’information1. Pour plus de détails sur cette loi, vous pourrez vous référer aux deux articles que j’ai publiés en ces pages en décembre 2001 et février 2002. Vous trouverez aussi plusieurs articles sur le sujet sur le Web.

Aux fins des présentes, rappelons que la loi sur le cadre régit les impacts juridiques de l’usage des technologies. Pour ce faire, elle utilise la notion de « document », qu’elle définit comme étant constitué « […] d'information portée par un support »2. De plus, au sens de la loi sur le cadre, « […] les supports qui portent l'information du document sont interchangeables […] »3. Ainsi, un document ne se définit pas par le support qui le porte. La feuille de papier que je tiens dans ma main n’est pas, au sens de la loi, un document. Pas plus que la clé USB sur laquelle est enregistré un fichier, ni le disque dur du serveur appartenant à un tiers et où il se trouverait. Selon notre droit, le document, c’est seulement l’information qui le compose. C’est un peu comme quand vous commandez une bière dans un restaurant. Elle peut vous être servie en bouteille ou en canette, ou le serveur pourra la verser dans un verre. Ce sera toujours la même bière. La loi ignore donc le support, ou le contenant, pour ne s’intéresser qu’au contenu, à l’essence du « document » soit « l’information ». Cette information sera « délimitée et structurée, de façon tangible ou logique … intelligible sous forme de mots, de sons ou d'images » et pourra « être rendue au moyen de tout mode d'écriture »4.

Donc tout document qui remplit ces critères, qu’il soit imprimé sur papier ou conservé sur support informatique, a pleine valeur juridique en droit québécois. De plus, juridiquement, un document étant indépendant du support qui le porte, il peut donc migrer d’un support à un autre, c'est-à-dire qu’un document sur support papier pourra un jour être numérisé sur support technologique, ou qu’un document technologique (peu importe lequel, ni le mode de transmission qui nous le fait parvenir) peut être imprimé sur support papier, sans perdre de valeur en droit. La loi sur le cadre nous donne les règles entourant de telles opérations au chapitre du « transfert de l'information »5. Par exemple, l’article 17 prévoit, dans le cas de documents devant être conservés pour constituer une preuve : « pour que le document source puisse être détruit et remplacé par le document qui résulte du transfert tout en conservant sa valeur juridique, le transfert doit être documenté ».

C’est bien beau, mais on fait quoi ?

Voilà donc la raison d’être de la fiche d’information : elle sert à documenter le transfert d’informations que nous réalisons en imprimant sur papier la résolution et la délégation de signatures reçues de l’institution financière à travers la plate-forme aux fins d’annexe à notre acte de radiation. Ainsi, en cas de contestation, la fiche nous servira à démontrer que le transfert effectué n’a pas affecté l’intégrité du document et que la version imprimée comporte la même information que le document source reçu sous format pdf. Chaque impression constituant un transfert d’informations, il est donc nécessaire d’imprimer, de remplir et de conserver la fiche « durant tout le cycle de vie du document résultant du transfert »6. Alors oui, vous devez joindre cette fiche remplie et signée à votre acte de radiation. De toute façon, on me dit que la fiche d’information a été conçue pour s’imprimer au verso de la délégation de signature et extrait de résolution lors d’une impression en mode recto verso, assurant sa conservation avec le document ayant fait l’objet du transfert. Un notaire avisé en vaut deux…

Les malins me répondront avec raison que selon l’article 17, cette procédure de documentation n’est requise que dans les cas où l’original doit être détruit. Mais archivez-vous toujours vos dossiers sur la plate-forme? Pouvez-vous garantir que jamais un de ces dossiers ne sera supprimé, ne serait-ce que par mégarde, détruisant du coup le fichier-source ? Pouvez-vous savoir à l’avance quel dossier fera l’objet d’une contestation ? Certains d’entre vous veulent-ils faire jurisprudence? Y a-t-il des volontaires? Non? C’est bien ce que je pensais. Alors, faisons preuve d’une prudence notariale et systématisons le processus en remplissant correctement et en conservant les fiches d’information dans tous les dossiers de radiation traités avec des documents transmis par Assyst Immobilier.

Maintenant nous connaissons la raison d’être de la fiche d’information et son importance pour assurer la valeur juridique des résolutions et délégations de signatures obtenues à travers la solution de radiations. Le mois prochain, nous examinerons de plus près la façon de la remplir.

À la prochaine !

* Nous tenons à remercier Catherine Boily, notaire, du Centre d’expertise en droit immobilier (CEDI) et Marie-Josée Bolduc, notaire, de TELUS, pour leur précieuse collaboration dans la préparation de cet article.

1 http://www.iijcan.org/fr/qc/legis/lois/lrq-c-c-1.1/derniere/lrq-c-c-1.1.html.
2 Article 3.
3 Article 2 al. 2.
4 Article 3.
5 Articles 17 et suivants.

6 Article 17 al. 4.  

Décembre 2011 >>> Mêle-toi de tes affaires !

Il y a quelques années, je me souviens m'être dit que, dans mes chroniques, je parlais trop souvent de Google et de ses excès. Je me disais aussi que l'histoire se répétait, que je me préoccupais constamment des abus de Microsoft que pour mieux me tourner vers ceux du nouveau géant de la recherche en ligne. On dirait que le succès monte trop souvent à la tête des dirigeants des grandes sociétés technologiques, et que vient un moment où ils se croient absolument tout permis. Mais, par les temps qui courent, nous parlons de moins en moins des excès de Google ou de Microsoft, car nous sommes trop occupés à surveiller et à critiquer ceux du nouveau roi du Web, Facebook. Car ils sont nombreux et graves, et le toupet de son propriétaire dépasse toutes les bornes.

Avez-vous remarqué que lorsque vous vous connectez à Facebook, on vous propose dans une section de l'écran d'accueil une série de profils de personnes que vous pourriez connaître ? La plupart du temps, il s'agit de croisements entre votre liste d'amis et celles de ces derniers. Le système peut ainsi vous demander si vous connaissez également telle ou telle personne qu'un de vos amis a inclus dans sa propre liste. C'est ce que Facebook appelle les « amis des amis ». Mais ces suggestions, apparemment innocentes, vont parfois bien plus loin. Surgissent en effet parfois dans cette liste des noms sans photos et sans mention d'amis communs. J'ai souvent été renversé d'y voir apparaître, à l'occasion, les noms d'anciens clients qui ne disposent pas des coordonnées que j'utilise pour ce compte très personnel, et me suis toujours demandé ce qu'ils faisaient là... J'ai récemment obtenu réponse à cette question, et je dois avouer qu'elle n'est pas rassurante.

Pas de compte Facebook ? En êtes-vous sûr ?

En matière d'informations personnelles, la gourmandise de Facebook ne semble avoir aucune limite. Ainsi, selon certains analystes, le réseau social créerait des profils fantômes, autrement dit des profils de personnes qui n'auraient pas ouvert de compte sur le système, à partir d'informations glanées dans les comptes des autres.

Par exemple, Monsieur A ouvre un compte Facebook et, en toute bonne foi, synchronise celui-ci avec la liste de contacts de son compte courriel Hotmail ou Yahoo, et avec le carnet d'adresses de son téléphone cellulaire. Il arrivera nécessairement que les noms et coordonnées de personnes ne disposant pas de compte Facebook y seront détectés. Or plutôt que d'ignorer ces données, Facebook les emmagasinerait tout de même et irait jusqu'à créer pour ces personnes un compte fantôme où des données s'accumuleront à son insu. Ce qui est bien entendu complètement illégal. Plusieurs abonnés Facebook pouvant disposer de données différentes sur les mêmes personnes, le tout pourra être croisé et accumulé dans un profil unique et identifié. De cette façon, Madame B, contact professionnel très lointain de Monsieur A, aura sans le savoir un profil et Facebook saura par exemple que quatre, douze ou trente-deux personnes la connaissent (en cumulant les bottins d'adresses de tout le monde). C'est ce qui leur permettra de chercher des corrélations et de proposer des profils d'amitié à d'autres abonnés.

Finalement, Facebook compile et analyse la liste des gens que vous connaissez sans vous demander votre opinion, ni la leur. Et il est fort probable que lorsque Madame B ouvrira finalement un compte sur le réseau, les informations accumulées sur sa vie d'avant Facebook s'y retrouveront rétroactivement. Nous sortons ici du cadre de l'illégalité et entrons carrément dans celui de l'immoralité.

Vos craintes ne se calmeront d'ailleurs pas lorsque vous apprendrez que Facebook utilise des témoins (cookies) pour suivre les agissements de ses abonnés ailleurs sur le Web, même après déconnection !

N'est-ce pas d'ailleurs de cette façon que les services secrets de renseignements ont toujours fonctionné ? Ils suivent leur cible, prennent des notes, fouillent ses ordures à la recherche d'informations en tentant d'établir l'identité des personnes avec qui il a des relations. Ils se tournent ensuite vers ces dernières pour élargir l'enquête et obtenir plus de détails. De tout temps les citoyens se sont battus pour protéger leur vie privée face à ces intrusions des gouvernements dans leur vie. Et maintenant, ils se bousculent au portillon pour se faire espionner par Facebook ! C'est à n'y rien comprendre...

Mais madame, ce n'est pas moi voyons !

Bien entendu, les responsables du site se défendent bien de procéder à de telles opérations. Ils soutiennent au contraire que le site est sécuritaire et que seules les personnes autorisées peuvent accéder au compte d'un usager. Mais qu'en est-il vraiment ? Des chercheurs se sont livrés à de petites expériences en utilisant des fonctions (tout à fait légales) permettant de contourner les règles pour accéder au plus grand nombre possible d'informations personnelles concernant les usagers. Pour ce faire, ils ont utilisé la même recette gagnante que Facebook : la naïveté des gens.

La procédure était très simple. En utilisant quelques ordinateurs programmés à cette fin, les chercheurs ont ouvert une centaine de comptes Facebook fictifs et ont lancé cinq mille demandes d'amitié. En moins d'une semaine, 20 % de ces gens (c'est-à-dire 1000 personnes) ont accepté ces demandes provenant de comptes de parfaits inconnus ! Utilisant ensuite ces nouveaux amis comme tremplin, nombre d'usagers ouvrant leurs informations aux « amis de leurs amis », les chercheurs ont pu collecter près de 250 gigaoctets de renseignements personnels, photos, adresses, dates de naissance, etc. Sécuritaire Facebook ?

Mince consolation, il faut quand même souligner que les scandaleux abus de Facebook en matière de vie privée font de plus en plus l'objet de protestations et d'enquêtes. Ainsi, une plainte a été déposée auprès du Commissaire à la vie privée d'Irlande à propos des profils fantômes; les autorités européennes s'intéressent à la question des « cookies » et le Département américain du commerce a convoqué Facebook pour en savoir plus sur son usage de la reconnaissance faciale. Mais que pèsent vraiment ces recours face aux milliards engrangés par Zuckenberg ? Parions qu'il a déjà fait une provision pour payer les amendes qui lui seront imposées et qu'il continuera à nous épier. Et parions aussi qu'il continuera à recevoir honneurs et doctorats honorifiques. Finalement, c'est peut-être la Chine qui a raison en bloquant carrément l'accès à Facebook sur son territoire...

À la prochaine !

Novembre 2011 >>> La grande Inquisition s'attaque au Web !

Une des meilleures grilles pour analyser et comprendre une situation juridique affectant le Web est de chercher un parallèle dans le monde dit « réel ». Normalement, pour qu'un certain équilibre soit maintenu, les solutions et conséquences devraient être comparables. À moins, bien entendu, que la situation analysée ne soit porteuse de conséquences plus graves lorsqu'elle se déroule sur le réseau. Voilà le noeud de la question de « l'accès légal ».

Pour plusieurs, depuis les attentats du 11 septembre, le Canada se démarque des États-Unis par une meilleure défense des droits des individus et de leur vie privée. L'adoption du Patriot Act1 américain incarne pour les canadiens l'attitude invasive du gouvernement américain, même un glissement vers une certaine forme de totalitarisme. Jugée plusieurs fois inconstitutionnelle et modifiée quelques fois par la suite, par exemple pour empêcher qu'elle ne soit utilisée pour donner accès au FBI aux dossiers d'emprunts de livres de bibliothèques par les individus (!), cette loi demeure quand même symptomatique du mépris croissant pour la vie privée ayant cours dans certaines sphères du pouvoir américain. « Nous sommes chanceux de vivre au Canada ! Nous n'avons pas à subir de telles menaces ! », vous direz-vous. Mais est-ce si certain ?

Le gouvernement conservateur cherche en effet depuis longtemps à rejoindre l'oncle Sam à cet égard. En fait, la seule raison pour laquelle nous en avons été jusqu'ici exemptés, découle de l'instabilité des différents gouvernements minoritaires à Ottawa, des projets de lois en ce sens (même un émanant du dernier gouvernement libéral) étant morts au feuilleton lors du déclenchement d'élections, comme ce fut le cas au printemps dernier avec les projets de loi C-50, C-51 et C-52. Mais cette barrière est maintenant tombée, et ce n'est donc que partie remise. De quoi s'agit-il au juste ?

On n'entre pas sans frapper !

Imaginez que vous êtes un policier chargé d'une enquête, et que vous souhaitez examiner les allées et venues d'une personne. Qu'elle soit soupçonnée de quelque crime ou pas, vous estimez, personnellement, que scruter son courrier, regarder dans le fond de ses tiroirs ou examiner le contenu de ses classeurs pourrait faire progresser vos investigations. Ou peut-être pas... Vous n'avez rien à perdre, n'est-ce pas ? Vous ne pourrez malheureusement pas le faire sans vous justifier devant un juge. Le nécessaire équilibre entre le droit de la société de se protéger contre le crime et le droit à la vie privée des citoyens impose en effet cette précaution préalable. La société cherche ainsi à éviter tout abus policier contre ses citoyens. Après tout, nous avons renversé le mur de Berlin pour ça, non ?

Qu'en est-il sur Internet ? Pour le moment, c'est la même chose, et c'est malheureusement ce que l'adoption de règles sur l'accès légal vise à changer. En vertu de ces dispositions, tout policier souhaitant obtenir des informations sur ce qu'un individu fait avec tout outil technologique pourra s'adresser directement aux fournisseurs de service qui auront l'obligation de la lui communiquer, sans besoin d'un mandat, et sans que le principal intéressé n'en soit avisé. En bref, tout ce qui se passe, transite ou est conservé sous format numérique devient accessible aux forces de l'ordre sans aucune espèce de contrôle judiciaire : adresse postale, numéros de téléphone, adresse électronique, adresses IP, numéros d'identification des appareils électroniques ou téléphones mobiles, positionnement GPS stocké sur les téléphones intelligents, ne sont que des exemples de ce qui lui serait accessible en claquant des doigts. Parlez-moi d'un État policier ! Aussi bien mettre en vigueur en permanence la loi sur les mesures de guerre !

En considérant l'importance grandissante, tant en quantité qu'en qualité, des données hébergées en ligne, l'invasion est sans précédent. Pensez à vos dossiers stockés à distance, aux courriels échangés avec vos clients... Je vous fais peur? Vous avez raison...


Je ne te comprends pas, tu es donc mon ennemi ?

Or, est-ce que notre usage des technologies justifie que les règles soient à ce point différentes et abusives ? Y a-t-il péril en la demeure, menace d'insurrection, atteinte à nos institutions ? Absolument pas, à moins que notre ignorance des technologies soit telle qu'elle nous fasse diaboliser toute activité émanant d'un ordinateur. Quant aux armes à feu, pas de problème, nous n'avons même plus à les enregistrer ! Elles sont, semble-t-il pour certains, bien moins dangereuses qu'un clavier. Au Moyen-âge, l'Inquisition brûlait bien les presses d'imprimerie comme des engins diaboliques, non ? Le degré de réflexion est semblable... En ce sens, c'est plutôt l'adoption de telles mesures qui constituerait une atteinte à nos institutions.

Les protestations fusent, et avec raison. Au printemps, tous les commissaires à la vie privée du Canada ont adressé une lettre commune au gouvernement pour manifester leur désaccord face à ses projets de loi2. Le gouvernement, qui avait annoncé son intention d'inclure ces réformes dans son projet de loi polyvalent de l'automne sur la sécurité publique malgré qu'ils n'aient jamais fait l'objet de consultation publique ni de débat en Chambre, a finalement reculé. Mais le projet n'est pas définitivement enterré3, aussi importe-t-il de faire preuve de vigilance et de faire connaître notre opposition de façon véhémente. Il y va carrément de nos droits, de nos libertés et de notre mode de vie.

À la prochaine !
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/USA_PATRIOT_Act.

2 http://www.priv.gc.ca/media/nr-c/2011/let_110309_f.cfm.

3 « Projet de loi C-52 - L'intimité numérique des Canadiens pourrait être menacée », Le Devoir, 4 octobre 2011, http://www.ledevoir.com/politique/canada/332857/projet-de-loi-c-52-l-intimite-numerique-des-canadiens-pourrait-etre-menacee

Octobre 2011 >>> Il faut de tout pour faire un monde...

Depuis des années, Hollywood nous sert à intervalle régulier des histoires futuristes où des robots prennent le contrôle de la terre et asservissent les humains. Cette idée s'alimente de la crainte que nous éprouvons tous, à des degrés divers, face au développement technologique. J'imagine que nos ancêtres ont vécu les mêmes angoisses en inventant la roue, la poudre à canon, ou l'imprimerie. Chaque nouvelle invention nous facilite certes la vie, mais comporte aussi son lot de questionnements et d'incertitudes qui nous amènent souvent à nous demander si nous n'allons pas un peu trop loin cette fois-ci. Mais, invariablement, nous poussons quand même un peu plus le bouchon, cherchons la limite, jouons avec le feu, etc.

R2D2 appelle C3PO

Il faut quand même admettre que notre société actuelle ressemble de plus en plus à certains films de science-fiction. L'actualité technologique nous en donne d'ailleurs de nombreux exemples. Le premier vient de l'annonce du projet RoboEarth (1), qui est carrément un réseau mondial réservé... aux robots! Pas question pour nous, pauvres humains, de nous y connecter pour naviguer ou y prendre nos courriels. Aucun être vivant, sauf ceux chargés de l'entretenir, ne peut y accéder. RoboEarth cherche à standardiser et à fédérer les robots du monde entier en leur permettant de communiquer directement entre eux et ainsi s'échanger des informations sans intervention des simples mortels qu'ils servent. Par exemple, un robot installé dans une usine alimentaire en Pologne pourrait, si on lui demande de préparer des pâtés chinois, communiquer directement avec le robot personnel de Josée DiStasio pour obtenir la recette. Le tout sans que Mme DiStasio ni le propriétaire de l'usine ne le sachent.

D'accord, la chose est certainement un peu plus compliquée que la vision simpliste que je vous présente! Il est d'ailleurs assez facile d'entrevoir les avantages d'un tel système en matière industrielle, et de comprendre que nos ingénieurs pourront s'en servir pour construire sur leurs acquis communs plutôt que de devoir constamment réinventer la roue. Mais s'il fallait que les robots l'utilisent un jour pour prendre le contrôle de la planète? Un doute m'assaille.... Gulp...

60, 59, 58...

Il faut de toute façon être un robot pour suivre le rythme effréné de la vie sur le Web. Le recours à des systèmes automatiques est tout à fait inévitable. Voici donc une minute dans la vie d'Internet (2).

En 60 petites secondes, pas moins de 168 millions de courriels circuleront sur le Web. L'histoire ne dit cependant pas combien vantent les mérites de certains produits augmentant le volume de certaines parties de nos corps... Pendant la même période, 70 nouveaux noms de domaine, soit plus d'un à la seconde, seront enregistrés. Votre admiration pour les prouesses techniques et le personnel de Google augmentera quand vous saurez que leurs serveurs traitent près de 700 000 requêtes à la minute ! Je ne sais pas pourquoi, mais cette nouvelle me rappelle soudainement le Registraire des entreprises...

Les réseaux sociaux ne sont évidemment pas en reste. Ainsi, chaque minute, 320 nouveaux comptes Twitter sont créés et 100 000 « tweets » sont rédigés. Pendant la même période, 600 vidéos sont téléchargés sur YouTube, et Facebook verra près de 700 000 mises à jour de ses statuts, 80 000 messages sur les murs et un demi million de commentaires ! Ouf ! C'est vraiment tout un nuage !

Du pire et du meilleur sur Facebook

Parlant de Facebook, je ne cesse de m'étonner à quel point ce site est devenu un incontournable sur le Web. Combien de compagnies combinent maintenant leur propre site maison à une page Facebook ? Combien d'internautes commencent leur navigation par une visite sur leur page FB, combien de campagnes publicitaires y démarrent et combien de mouvements populaires y sont lancés ou alimentés ? Facebook n'est plus un simple site parmi tant d'autres. Il est carrément devenu, face au Web, un genre d'État dans l'État. Il a littéralement provoqué un détournement de Web !

Une telle popularité emporte son lot d'histoires à raconter où on retrouve tant du bien que du mal. Deux nouveaux exemples nous sautent aux yeux au moment d'écrire ces lignes.

Tout d'abord un premier tiré du côté sombre de la force, en la personne de cette jeune américaine qui, poussée à bout par son ex-conjoint, écrit sur son profil qu'elle offre mille dollars à quiconque se chargera de le tuer ! Rien de moins... Moment de colère, signe de frustration, offre sincère, qui sait. Mais la chose a intéressé au moins un visiteur de son profil, et qui a offert ses services à la demoiselle. Heureusement, des connaissances communes des deux ex-tourtereaux auront averti la victime potentielle, le complot fût tué dans l'oeuf, expédiant ex-petite amie et assassin en herbe derrière les barreaux. La morale du conte, c'est qu'il faut y penser à deux fois avant d'écrire n'importe quoi sur un réseau social (3).

Facebook peut pourtant être mis à contribution de manière plus constructive. Ainsi l'Islande utilise les réseaux sociaux dans le cadre de la révision de sa Constitution (4). Les comités gouvernementaux en charge du projet y affichent le résultat de leurs travaux au fur et à mesure de leur évolution, utilisant le réseau comme un forum populaire pour recevoir les commentaires des citoyens et échanger avec eux pour faire progresser la réforme. Je serais curieux de constater comment un tel outil aurait changé le cours de notre propre réforme constitutionnelle dans les années 80 ! En tout cas, une nuit des longs couteaux annoncée sur Facebook aurait certainement eu moins de chances de réussir...

Une « frette » ou une tablette ?

Il y a un peu plus d'un an, l'arrivée des premiers Ipad était accueillie avec une certaine incrédulité par les observateurs du milieu. En bref, on trouvait l'idée géniale, mais on se demandait à quoi un tel bidule pourrait bien servir.

Beaucoup ont déchanté depuis, car l'Ipad aura carrément servi à lancer une nouvelle révolution dans le petit monde technologique, si bien que nous assistons maintenant à une avalanche de produits concurrents. Et le mouvement est fondamental, Microsoft annonçant récemment l'arrivée en 2012 de Windows 8, qui sera bâti dès le départ pour un usage en environnement tactile. Bien qu'une interface classique pour les antiques ordinateurs à clavier et souris (!) restera disponible, tout le système d'opération sera conçu pour animer des tablettes et autres appareils sans clavier. Faites marcher vos doigts...

À la prochaine!


Septembre 2011 >>> Haut les masques !

Depuis quelque temps, les pays occidentaux jonglent avec la délicate question du voile islamique, notamment dans la recherche de règles encadrant le droit de pouvoir, en certaines circonstances comme celles entourant l'exercice du droit de vote, exiger son retrait. Récemment, lors des émeutes de Londres, les médias britanniques ont proposé de criminaliser le fait de porter un masque en public, certains émeutiers ayant usé de ce stratagème pour se soustraire aux conséquences de leurs actes. Pour ma part, et malgré ces tendances, je commence à penser que la seule façon de protéger notre vie privée à l'avenir pourrait justement être de choisir de porter un masque...

À ce point-ci de ma chronique, je dois vous avertir : ce que vous lirez dans les prochaines lignes risque de vous déranger, particulièrement si votre vie privée vous tient à coeur. Personnellement ces nouvelles me dérangent, car nous parlerons aujourd'hui de la reconnaissance faciale, qui représente à mon avis la fonction la plus inquiétante dont j'ai jamais eu l'occasion de vous parler en ces pages.

Le concept de reconnaissance faciale n'est pas nouveau. À la limite, les outils de création de portraits-robots utilisés par les forces de l'ordre se qualifient tout à fait comme en faisant partie. Ces outils comportent en effet des reproductions de toutes les caractéristiques faciales possibles, permettant de créer des visages types qui comportent les éléments faciaux distinctifs d'un suspect. Autrefois confinés à l'univers papier, ces systèmes ont depuis longtemps migré vers l'informatique pour créer des logiciels de création de portraits robots très puissants. Mais même ces systèmes semblent archaïques lorsque comparés aux récents développements en matière de reconnaissance faciale.

Les services de police de certaines villes disposent déjà de caméras leur permettant de surveiller en permanence l'activité en cours sur des rues plus problématiques. Au moyen de logiciels spéciaux, les policiers peuvent aussi maintenant numériser les photographies de certains suspects, permettant à un ordinateur de les aviser s'ils se pointent dans les images captées par les caméras. Cette possibilité déjà digne de Big Brother, a au moins l'avantage d'être limitée à un usage policier et à des fins de sécurité publique. Son encadrement est donc moins problématique.

En gros, ces systèmes analysent les caractéristiques faciales d'un individu et leur appliquent certaines opérations et algorithmes mathématiques. Le résultat est une « signature » mathématique unique à chaque visage, qu'un logiciel pourra utiliser par la suite pour reconnaître l'individu sur d'autres images qu'on lui présente, ou qu'il retrouve dans une banque de données.

Le jour où nous pourrons entrer dans une boîte de recherche non pas du texte mais bien une image n'est peut-être pas, malheureusement, si lointain. Car cette technologie risque maintenant d'être disponible au grand public à la suite de son adoption par Facebook.

Big Brother s'appellerait-il Mark?

Pour ceux qui se demandaient quelle compagnie, entre Google et Facebook, était la plus aventureuse en matière de vie privée peuvent arrêter de se questionner car Google a annoncé qu'elle n'emprunterait pas la voie de la reconnaissance faciale, qu'elle considère comme inquiétante. Mais il faut comprendre ici que Google a choisi de ne pas être la première à franchir cette limite, laissant à d'autres le soin de subir les foudres du public et des instances de protection de la vie privée.

Autrement dit, Google a décidé d'envoyer son rival Facebook au casse-pipe et attendra la fin de la tempête pour entrer dans la danse. Quant à Facebook, son fondateur Mark Zuckerberg a prouvé depuis longtemps que la vie privée était le dernier de ses soucis. La reconnaissance faciale a donc fait son entrée sur le plus grand réseau social au monde cet été, mais par la porte arrière comme d'habitude chez Facebook. Cette ouverture se présente donc par la fonction permettant aux usagers d'identifier des personnes sur les photos qu'elles ajoutent à leur profil.

Sous le prétexte de faciliter cette tâche présentée comme fastidieuse lorsque faite manuellement, Facebook propose maintenant la fonction « tag suggestion » qui, lors du téléchargement d'une photo, suggérera des profils d'usagers pour identifier les gens qui y apparaissent d'après l'analyse de leurs « signatures faciales ». Une fois la correspondance confirmée, la base de données pousse l'intrusion en intégrant la nouvelle photo à son dossier d'analyse faciale pour le raffiner. On pousse donc le cynisme jusqu'à mettre les millions d'abonnés du site à contribution pour constituer une base de données inquiétante sur eux. Ainsi, plus nos « amis » nous identifient, plus Facebook nous reconnaîtra facilement. Brrrr...

Évidemment, encore selon la « bonne » habitude de Facebook, ces fonctions s'appliquent par défaut à tous les comptes à moins que l'usager décide de s'y soustraire. Mais en pareil cas, seule la fonction qui présente votre profil comme choix à un usager qui télécharge une photo contenant sur son profil est désactivée. Autrement dit, le logiciel de Facebook continuera quand même d'identifier toutes les personnes se trouvant sur les photos reçues, et d'accumuler ces informations... pour référence future.

Cachez ce visage que je ne saurais voir...

Quand on pense que deux cents millions d'images s'ajoutent chaque jour à la masse documentaire de Facebook évaluée déjà à près de cent milliards de photos, l'ampleur du problème et le potentiel d'abus nous apparaissent dans toute leur horreur. Pour l'instant la seule parade possible serait, selon certains observateurs, de tenter de dérouter l'ordinateur de Facebook en y téléchargeant de nombreuses images d'objets au hasard et de les identifier comme étant nous. Mais parions que les programmeurs trouveront avant longtemps le moyen de les éliminer.

Maigre consolation, cette fonction n'est pas pour le moment disponible au Canada. Serait-ce parce que nos lois sont plus sévères en matière de protection de la vie privée ou que Facebook a déjà été semoncé chez nous pour ses pratiques douteuses? Chose certaine, même si Facebook rode son système ailleurs, le doigt est définitivement dans l'engrenage et nous y passerons d'ici longtemps... à moins que nos gouvernements ne s'en mêlent.
Je vous laisse là-dessus et je vais de ce pas m'acheter un masque. Ce sera Batman ou Darth Vader ?

À la prochaine!

Juillet 2011 >>> Robot, chrono, tableau

Depuis des années, Hollywood nous sert à intervalle régulier des histoires futuristes où des robots prennent le contrôle de la terre et asservissent les humains. Cette idée s'alimente de la crainte que nous éprouvons tous, à des degrés divers, face au développement technologique. J'imagine que nos ancêtres ont vécu les mêmes angoisses en inventant la roue, la poudre à canon, ou l'imprimerie. Chaque nouvelle invention nous facilite certes la vie, mais comporte aussi son lot de questionnements et d'incertitudes qui nous amènent souvent à nous demander si nous n'allons pas un peu trop loin cette fois-ci. Mais, invariablement, nous poussons quand même un peu plus le bouchon, cherchons la limite, jouons avec le feu, etc.

R2D2 appelle C3PO

Il faut quand même admettre que notre société actuelle ressemble de plus en plus à certains films de science-fiction. L'actualité technologique nous en donne d'ailleurs de nombreux exemples. Le premier vient de l'annonce du projet RoboEarth (1), qui est carrément un réseau mondial réservé... aux robots! Pas question pour nous, pauvres humains, de nous y connecter pour naviguer ou y prendre nos courriels. Aucun être vivant, sauf ceux chargés de l'entretenir, ne peut y accéder. RoboEarth cherche à standardiser et à fédérer les robots du monde entier en leur permettant de communiquer directement entre eux et ainsi s'échanger des informations sans intervention des simples mortels qu'ils servent. Par exemple, un robot installé dans une usine alimentaire en Pologne pourrait, si on lui demande de préparer des pâtés chinois, communiquer directement avec le robot personnel de Josée DiStasio pour obtenir la recette. Le tout sans que Mme DiStasio ni le propriétaire de l'usine ne le sachent.

D'accord, la chose est certainement un peu plus compliquée que la vision simpliste que je vous présente! Il est d'ailleurs assez facile d'entrevoir les avantages d'un tel système en matière industrielle, et de comprendre que nos ingénieurs pourront s'en servir pour construire sur leurs acquis communs plutôt que de devoir constamment réinventer la roue. Mais s'il fallait que les robots l'utilisent un jour pour prendre le contrôle de la planète? Un doute m'assaille.... Gulp...

60, 59, 58...

Il faut de toute façon être un robot pour suivre le rythme effréné de la vie sur le Web. Le recours à des systèmes automatiques est tout à fait inévitable. Voici donc une minute dans la vie d'Internet (2).

En 60 petites secondes, pas moins de 168 millions de courriels circuleront sur le Web. L'histoire ne dit cependant pas combien vantent les mérites de certains produits augmentant le volume de certaines parties de nos corps... Pendant la même période, 70 nouveaux noms de domaine, soit plus d'un à la seconde, seront enregistrés. Votre admiration pour les prouesses techniques et le personnel de Google augmentera quand vous saurez que leurs serveurs traitent près de 700 000 requêtes à la minute ! Je ne sais pas pourquoi, mais cette nouvelle me rappelle soudainement le Registraire des entreprises...

Les réseaux sociaux ne sont évidemment pas en reste. Ainsi, chaque minute, 320 nouveaux comptes Twitter sont créés et 100 000 « tweets » sont rédigés. Pendant la même période, 600 vidéos sont téléchargés sur YouTube, et Facebook verra près de 700 000 mises à jour de ses statuts, 80 000 messages sur les murs et un demi million de commentaires ! Ouf ! C'est vraiment tout un nuage !

Du pire et du meilleur sur Facebook

Parlant de Facebook, je ne cesse de m'étonner à quel point ce site est devenu un incontournable sur le Web. Combien de compagnies combinent maintenant leur propre site maison à une page Facebook ? Combien d'internautes commencent leur navigation par une visite sur leur page FB, combien de campagnes publicitaires y démarrent et combien de mouvements populaires y sont lancés ou alimentés ? Facebook n'est plus un simple site parmi tant d'autres. Il est carrément devenu, face au Web, un genre d'État dans l'État. Il a littéralement provoqué un détournement de Web !

Une telle popularité emporte son lot d'histoires à raconter où on retrouve tant du bien que du mal. Deux nouveaux exemples nous sautent aux yeux au moment d'écrire ces lignes.

Tout d'abord un premier tiré du côté sombre de la force, en la personne de cette jeune américaine qui, poussée à bout par son ex-conjoint, écrit sur son profil qu'elle offre mille dollars à quiconque se chargera de le tuer ! Rien de moins... Moment de colère, signe de frustration, offre sincère, qui sait. Mais la chose a intéressé au moins un visiteur de son profil, et qui a offert ses services à la demoiselle. Heureusement, des connaissances communes des deux ex-tourtereaux auront averti la victime potentielle, le complot fût tué dans l'oeuf, expédiant ex-petite amie et assassin en herbe derrière les barreaux. La morale du conte, c'est qu'il faut y penser à deux fois avant d'écrire n'importe quoi sur un réseau social (3).

Facebook peut pourtant être mis à contribution de manière plus constructive. Ainsi l'Islande utilise les réseaux sociaux dans le cadre de la révision de sa Constitution (4). Les comités gouvernementaux en charge du projet y affichent le résultat de leurs travaux au fur et à mesure de leur évolution, utilisant le réseau comme un forum populaire pour recevoir les commentaires des citoyens et échanger avec eux pour faire progresser la réforme. Je serais curieux de constater comment un tel outil aurait changé le cours de notre propre réforme constitutionnelle dans les années 80 ! En tout cas, une nuit des longs couteaux annoncée sur Facebook aurait certainement eu moins de chances de réussir...

Une « frette » ou une tablette ?

Il y a un peu plus d'un an, l'arrivée des premiers Ipad était accueillie avec une certaine incrédulité par les observateurs du milieu. En bref, on trouvait l'idée géniale, mais on se demandait à quoi un tel bidule pourrait bien servir.

Beaucoup ont déchanté depuis, car l'Ipad aura carrément servi à lancer une nouvelle révolution dans le petit monde technologique, si bien que nous assistons maintenant à une avalanche de produits concurrents. Et le mouvement est fondamental, Microsoft annonçant récemment l'arrivée en 2012 de Windows 8, qui sera bâti dès le départ pour un usage en environnement tactile. Bien qu'une interface classique pour les antiques ordinateurs à clavier et souris (!) restera disponible, tout le système d'opération sera conçu pour animer des tablettes et autres appareils sans clavier. Faites marcher vos doigts...

À la prochaine!



Juin 2011 >>> Hey, Steve ! Arrête de me suivre !

Si vous regardez un tant soit peu la télévision au Québec, vous ne pouvez pas ne pas avoir subi au moins une fois l'un de ces commerciaux d'une compagnie de téléphonie cellulaire mettant en scène un groupe d'adolescents vivant toutes sortes d'aventures technologiques ridicules. Incarnés par des comédiens pourtant en âge d'avoir eux-mêmes des ados, ces commerciaux nous montrent à l'occasion comment leurs merveilleux appareils permettent de savoir, en temps réel, où se trouvent leurs amis. Quelle merveille, non ?

Cette merveille a un nom, la géolocalisation. En gros, on y combine les technologies du GPS et de la détection des ondes cellulaires pour déterminer précisément où se trouve un individu (ou plutôt son téléphone) à un instant déterminé. Je dois avouer que ces commerciaux, au départ plutôt agaçants en soi, m'ont toujours aussi dérangé à cause de mon allergie fondamentale face à toute atteinte à la vie privée. L'image des petites photos des amis de nos zigotos se promenant sur une carte routière à l'écran d'un cellulaire, censée faire la démonstration de la modernité et du caractère « cool » des appareils annoncés, me rappelait plutôt les termes de la Loi sur le cadre juridique des technologies de l'information : « [...] nul ne peut exiger qu'une personne soit liée à un dispositif qui permet de savoir où elle se trouve. » (1)  Je me suis en effet toujours demandé si le consentement des utilisateurs de ces téléphones intelligents était effectivement obtenu, et ce, de manière libre et éclairée...

La loi ne fait aucune distinction entre les types de technologies. On dit, à ce sujet, qu'elle fait preuve de « neutralité technologique ». Ses termes s'appliquent donc à tout type d'appareil qui répondent aux critères ou participent aux actions qu'elle décrit, qu'il s'agisse bien sûr d'ordinateurs, mais aussi de téléphones cellulaires, intelligents ou pas, tablettes informatiques, ou encore de lecteurs MP3, fours micro-ondes, automobiles, grille-pain ou n'importe quel gadget offrant un accès Internet. La palette ne faisant que s'étendre, ce n'était qu'une question de temps avant que l'épine de la géolocalisation ne s'enfonce douloureusement dans notre pied.

Le gâteau a atteint le ventilateur (2)  le mois dernier, quand des usagers ont découvert un fichier système propre aux iPhones et iPads, stockant toute localisation de l'appareil pendant un an. En clair, le système de votre appareil tient un journal de tous les endroits que vous avez traversés avec lui, dans un langage clair et non sécurisé, officiellement aux fins de faciliter vos connexions subséquentes... Le problème tient justement au fait que personne chez Apple ne s'entend pour dire à quoi sert vraiment ce dispositif, pour qu'elle raison il se trouve dans les appareils, ni qui peut y accéder. Le fait que ce fichier soit conçu pour se sauvegarder et se synchroniser avec tout appareil rattaché à votre copie de iTunes, qu'il survive à toute réinstallation/reformatage du système et que certains représentants d'Apple ont déclaré avoir appris par les médias son existence pour ensuite présenter ses principaux risques comme des « bogues » à corriger, laisse aussi plusieurs observateurs perplexes. Si, au pire, nous nous trouvons ici en présence d'intrusions dans la vie privée des gens, le meilleur scénario nous laisse quand même face à un risque de sécurité pour les usagers et à une attitude plutôt légère d'Apple en matière de confidentialité.

Graphique établi à partir de vraies données de géolocalisation retrouvées dans un iPhone 4



(réf : http://radar.oreilly.com/2011/04/apple-location-tracking.html)

La bonne, même très bonne nouvelle dans tout ça, c'est que les décideurs du monde entier n'ont pas pris la chose à la légère. Se pourrait-il qu'ils soient enfin sensibilisés aux questions de protection de la vie privée? L'Europe, qui fait office de précurseur dans le domaine, a déjà montré ses couleurs en dévoilant son intention de réviser ses politiques afin de faire en sorte que les données de géolocalisation soient considérées comme des données personnelles, avec toute la protection qui vient avec (3). Mais toujours est-il que certains sénateurs américains ont également pris les choses très au sérieux, et ont convoqué Apple mais aussi Google et Microsoft à comparaître devant un comité pour exposer leur point de vue sur les questions de sécurité de confidentialité liées à l'usage des téléphones cellulaires. Les présentations préliminaires des compagnies n'ont pas apporté grand-chose sauf des contradictions avec leurs déclarations précédentes, aussi il sera intéressant de voir les suites de cette comparution. Mais déjà, le problème de la localisation des usagers d'Internet par les compagnies de marketing fera déjà l'objet d'un projet de loi américain imposant que la possibilité soit offerte aux usagers de se retirer de tout tel système (4).

Tout ceci vu sous le spectre de l'intérêt manifesté pour ces questions par le président lui-même, nous permet d'espérer enfin l'arrivée d'un vent de protection des individus en provenance des États-Unis. Et pour une fois, souhaitons que le gouvernement fédéral poursuive dans sa politique d'agir comme une succursale de Washington, ne fasse pas sa fine bouche, et nous permette d'en bénéficier. Encore une fois, affaire à suivre...

Dis Bill, tu veux bien m'acheter?

J'ai eu une idée géniale ce matin... Je vais fonder une entreprise. (Rassurez-vous, je vais la constituer au fédéral car je souhaite recevoir mes statuts avant Noël!) J'irai chercher du financement public et bancaire, et j'offrirai des services gratuits sur Internet. Quels services au juste? Aucune idée! Ce n'est pas pertinent... L'important, c'est que ça ne coûte rien, afin que le plus de gens possible s'y inscrive.

Ensuite, une fois que j'aurai des millions d'abonnés, que la compagnie croulera sous les dettes et générera de solides pertes, récurrentes, régulières, j'irai voir mon ami Bill et lui offrirai de m'acheter pour plusieurs millions de dollars. Ma fortune est faite! Palm Beach, me voila! Et pour ceux qui croient que je suis fou, rappelez-vous que cette semaine, Microsoft a payé 8,5 milliards de dollars pour Skype, compagnie ayant généré l'an dernier sept millions de dollars de pertes sur environ 900 millions de revenus, et comptant des dizaines de millions d'abonnés ne payant pas un sou à l'entreprise. Moi qui croyais que la bulle technologique avait éclaté il y a dix ans...

À la prochaine!




(1)  Article 43, alinéa 2
(2)  Adaptation polie et très personnelle d’une l’expression anglaise que je ne citerai pas ici…
(3)  L'Europe veut faire de la géolocalisation une donnée personnelle,  13 Mai 2011, http://www.numerama.com/magazine/18787-l-europe-veut-faire-de-la-geolocalisation-une-donnee-personnelle.html
(4)  Sen. Rockefeller Announces Anti-Online-Tracking Bill,  Wired, 6 Mai 2011  http://www.wired.com/epicenter/2011/05/sen-rockefeller-announces-anti-online-tracking-bill/


Mai 2011 >>> Maux de mots

Il est fascinant de constater à quel point le langage informatique regorge de surprises. Cette science en perpétuelle mutation, animée principalement dans le langage universel qu'est devenu l'anglais, force les linguistes à repousser les limites du français pour nous permettre de suivre la cadence dans notre propre langue. Ce qui est une véritable aubaine pour les amants de la langue française ! Car contrairement aux folies furieuses à-plat-ventristes de la pseudo « nouvelle orthographe », la création de ces nouveaux termes démontre que notre langue peut s'actualiser plutôt que de se diluer et s'autodétruire face à la concurrence de l'anglais.

Deux nouveaux mots apparaissent donc ce mois-ci sur mon écran radar. Deux mots qui, quand on y pense bien, sont interreliés.

Zetta quoi?

Le premier est « zettaoctets ». Non, il ne s'agit pas d'un mot créé en l'honneur de l'épouse de Michael Douglas ! Comme la fin du mot l'indique, il s'agit plutôt d'une mesure de quantité d'informations informatiques. Composé de huit « bits » représentés chacun par un « zéro » ou un « un », chaque octet contient suffisamment d'information pour représenter un caractère. À partir de là, tout se multiplie. Un kilooctet, ou « ko » représente mille octets, un mégaoctet (« mo » ou « meg ») un million d'octets ou mille ko, etc. Le téraoctet (« to » ou « tet »), commence à être un peu plus connu à la faveur de l'apparition de disques durs « grand public » mesurés en de telles unités. Car nos besoins de stockage grandissants poussent à la production d'appareils de plus en plus gourmands.

Mais c'était la première fois que j'entendais parler de zettaoctets, dans un article nous informant que la quantité totale d'information ayant circulé sur le Web pendant l'année 2008 en comptait près de 10  (1). Bravo. Mais combien cela représente-t-il d'information au juste ? Ma curiosité était piquée... Il appert donc qu'un zettaoctet représente un milliard de ces téraoctets, qui contiennent chacun mille milliards d'octets (2)! Me souvenir qu'un téraoctet représente mille gigaoctets me donne carrément le vertige, aussi je suis content de trouver une correspondance un peu plus terre-à-terre en réalisant que ce zettaoctet représente tout simplement un milliard de clés USB d'un gigaoctet... L'estimé, très conservateur de l'aveu même de ses auteurs, nous dit donc que les informations échangées en 2008 auraient nécessité environ 10 milliards de ces clés USB pour les entreposer. Et en bonnes vieilles disquettes? Multipliez par 714.

Infoquoi?

Nous y trouvons en tout cas la confirmation que la terre tourne de plus en plus autour du soleil du numérique, ce qui m'amène à l'autre nouveau qui est venu ce mois-ci contribuer à combler un peu plus le gouffre de mon ignorance, l' « infonuagique ».

Bien que le mot soit, il faut le dire, moins joli que les dernières productions de l'Office de la langue française en matière informatique comme « courriel » ou « clavardage », il faut quand même dire qu'il suggère efficacement sa référence au monde du « cloud computing », ou « informatique dans les nuages » tel qu'utilisé aussi en pratique. L'effort est néanmoins louable, le terme anglais posant quand même un sérieux défi de traduction, et est un moindre mal quand on examine les alternatives proposées par l'Office, « informatique intranuage », « informatique nuagière » ou « nuage informatique »... À ce sujet la dernière proposition, « informatique en nuage » me semble personnellement promise à un meilleur avenir.

Mais de quoi parle-t-on au juste quand on parle d'informatique en nuage ? Tout simplement du futur de l'informatique. La croissance phénoménale du Web observée depuis une dizaine d'années ne s'est pas faite dans les airs, et nos données ne s'enregistrent pas non plus dans de la vapeur d'eau ! Les échanges de zettaoctets d'informations, la puissance des engins de recherche, la rapidité d'accès, le stockage en ligne, tout passe par une augmentation des capacités informatiques : plus de serveurs, plus de disques, tant en taille qu'en nombre. Les coulisses du Web sont le théâtre d'une recherche de croissance incessante des équipements informatiques. Facebook, par exemple, a emprunté cent millions de dollars en mai 2008 pour financer l'acquisition de nouveaux serveurs. Il en posséderait maintenant plus de 30 000, 20 000 de plus qu'en 2008, et en acquiert de nouveaux tous les jours. Des centres d'hébergement mondiaux comme Rackspace en ont près du double. Notons en passant que la quantité d'information enregistrée par Facebook sur l'utilisation de ses services par ses abonnés croît de 25 téraoctets par jour, soit 1 000 fois plus que le volume de courrier livré quotidiennement par le service des bureaux de postes américains !

Le Web se fonde donc sur des bases tout à fait tangibles. Le terme « nuage » pour référer à l'Internet se voit donc du point de vue de l'usager, pour qui toute cette mécanique reste invisible, comme suspendue au-dessus de lui.

La délocalisation des applications et des données sur des serveurs distants, et le confinement du poste de l'usager à un rôle d'utilisateur de toutes ses ressources partagées par le simple recours à un système d'exploitation et d'un navigateur Web est la meilleure façon de voir le cloud computing. En tenant pour acquis la sécurité des informations et l'actualité constante des applications ainsi logées à distance, l'usager d'un tel système peut se consacrer à son travail en se libérant de nombreuses tâches et soucis liés au maintien de l'équipement.

C'est pourquoi l'informatique en nuage est présentement sur toutes les lèvres, tout comme les mots qui la décrivent. Alors à quand le greffe dans les nuages ?

À la prochaine !




(2)  Je n’ai pas tout calculé ces données manuellement, ne vous inquiétez pas! Vous en apprendrez plus sur la page que j’ai consultée au http://www.journaldunet.com/solutions/0110/011018_caexiste_zettabyte.shtml

Avril 2011 >>> Le Registre des entreprises du Québec dans la mire

Ou quand une belle réforme législative dérape dans le virage technologique.

Dans ma jeunesse, la mode était d'offrir des cartes aux écoliers qui nous plaisaient le plus dans la classe. Garçon ou fille, donner un valentin signifiait innocemment « je te trouve gentil et j'aimerais être ton ami ». Les cartes pleuvaient littéralement dans la classe et nous craignions tous en silence de ne pas en recevoir. C'était le bon temps, avant que l'adolescence ne vienne compliquer les choses. Mais ça, c'est une autre histoire !

Il y avait longtemps que je n'avais pas attendu la St-Valentin avec autant d'impatience. Mais cette fois-ci, c'était pour une autre raison car le 14 février marquait la date d'entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les sociétés par actions (LSA) québécoise. Donnant des cours de formation sur le sujet depuis l'automne j'ai pu vivre de près, presque quotidiennement, le compte à rebours jusqu'au « jour J ». Comme je l'ai déjà écrit en ces pages, la LSA constitue une très belle réforme législative qui marque une étape importante dans l'évolution du droit des affaires au Québec. Côté loi, rien à dire sauf les ajustements d'usage et l'inévitable attente entourant l'interprétation jurisprudentielle de certains articles. Or, en plus du très beau ménage du printemps auquel elle procède dans notre droit des compagnies, cette réforme comporte un second volet essentiel, celui du passage des opérations du REQ à une plate-forme technologique transactionnelle.

Ici aussi, sur le principe, trois fois bravo ! L'annonce de cette décision avait de quoi réjouir tous les praticiens du droit des affaires en butte à des délais déraisonnables de traitement de certaines demandes, des erreurs de saisies dans la transcription des informations contenues dans les réquisitions, et tous les désagréments d'un système fondé sur le papier. Il restait cependant à voir comment le tout s'articulerait en pratique. Et c'est justement là que le bât blesse car contrairement à ce que nous avons pu voir lors d'autres réformes du genre, par exemple au registre foncier, la nouvelle plate-forme technologique du Registre des entreprises du Québec (REQ) fait tout sauf simplifier la vie de ses utilisateurs...

5,4,3,2,1... pfffttt

Attentes et curiosité étaient donc à leur comble au moment d'ouvrir mon ordinateur au matin du 14 février. Mais le ballon s'est vite dégonflé, car je n'ai trouvé sur le site du registraire qu'un message reportant au mercredi la mise en ligne de la nouvelle plate-forme. Ayant déjà oeuvré dans un milieu de programmation je pouvais voir, en fermant les yeux, des informaticiens prisonniers de leurs bureaux à cloisons, privés de sommeil, gavés de café et croulant sous la pression, travailler d'arrache pied pour respecter le délai et réparer ce qui avait déjà été mis en ligne et qui ne fonctionnait toujours pas (comme la recherche sur le registre...). Ils devaient finalement commencer à livrer au cours de la fin de semaine suivante, ce qui en a étonné plusieurs puisque la date de tombée était connue depuis fort longtemps, et que les opérations normales du REQ avaient presque été stoppées dans les semaines précédentes afin que toutes les énergies soient mises sur le passage au nouveau système. Mais passons sur cet aspect de la situation car, connaissant l'ampleur de pareilles tâches, je laisse volontiers le bénéfice du doute à ceux qui ont piloté ce projet fort complexe.

Mon questionnement porte plutôt, justement, sur la complexité du système : serait-elle trop grande ? A-t-on inutilement grossi et alourdi la bête et, de ce fait, démultiplié les problèmes, les délais de l'implantation et pavé la voie sans le savoir aux débuts plus que chaotiques de la nouvelle plate-forme ? Bref, a-t-on créé un monstre ?

La science informatique est la nouvelle reine du monde, et les informaticiens les mages qui peuvent l'invoquer. Grands prêtres posés en intermédiaires entre la déesse et les pauvres mortels qui implorent son secours, il est naturel pour eux de repousser toujours plus loin les limites de leur science. Par définition ils sont des scientifiques cartésiens, et leur pensée est hyper structurée. Il peut donc parfois être hasardeux de leur laisser la bride sur le cou. Comme je le disais souvent aux informaticiens de mon équipe, ce n'est pas parce que quelque chose peut être réalisée, qu'il est nécessairement souhaitable de le faire en pratique. Il faut donc souvent savoir les retenir et diriger leurs efforts dans la recherche d'un résultat efficace et facile d'utilisation.

Pourquoi faire simple...

C'est un peu ce que je suspecte qui soit arrivé dans le cas de la plate-forme du REQ. Le résultat est une interface inutilement lourde et complexe, structurée et découpée à l'extrême, résultant en une multiplication beaucoup trop grande des étapes à franchir. Par exemple, l'utilisateur qui souhaite faire une recherche sur le registre cliquera sur l'onglet « consulter les dossiers d'entreprises » en page d'accueil, puis sur le lien « Rechercher une entreprise au registre ». Ceci l'emmènera à une page d'instructions, à la droite de laquelle il devra cliquer sur un autre lien nommé « rechercher une entreprise au registre ». Il arrivera alors sur la page énumérant les services disponibles sur plate-forme électronique, ou il devra retrouver un troisième lien nommé « rechercher une entreprise au registre » pour finalement arriver à une boîte de dialogue où il pourra lancer sa recherche... Il est difficile de comprendre pourquoi il faut à l'usager quatre clics avant de pouvoir faire sa recherche. Pourquoi doit-il nécessairement passer chaque fois par la page d'instructions, plutôt que de simplement y accéder au besoin à partir de la page de recherche. Cette étape étire inutilement le travail et constitue une perte de temps pure pour l'usager professionnel. Pis encore, l'usager qui clique sur le lien en page d'accueil avec l'intention de faire une recherche au registre sait pertinemment ce qu'il veut, et ne devrait pas se faire présenter, après trois clics par surcroît, une page énumérant tous les services disponibles. Il s'agit ici encore d'une étape inutile. Un seul lien en page d'accueil devrait l'y emmener directement.

D'ailleurs, en passant, pourquoi ne pas avoir profité de l'occasion pour régler le problème des mots refusés pour une recherche, comme les prépositions et articles, ou encore les termes « inc », « ltée », etc., qui sabote les requêtes à l'engin de recherche et force les usagers à les reformuler. Il n'est pourtant pas tellement compliqué (je l'ai vécu sur certains projets informatiques) d'ajouter quelques lignes de code pour intercepter les requêtes, les épurer en retirant les mots ou caractères exclus, pour les envoyer ensuite au moteur de recherche. Le maintien en l'état de l'ancienne façon de faire est ici aussi décevant que l'usage du terme « compagnie » dans un système mis en place dans le contexte de la nouvelle loi sur les « sociétés par actions » est surprenant !

Trop c'est comme pas assez

La nouvelle interface de production des déclarations et demandes au registraire nous fait par ailleurs regretter que les belles réalisations d'autres instances gouvernementales n'aient pas servi de modèle aux programmeurs du REQ. Pourquoi en effet ne pas s'inspirer de recettes qui fonctionnent bien ? Pourquoi toujours réinventer la roue ? Le découpage en une série interminable de boîtes de saisies d'information des formulaires rend leur préparation longue et fastidieuse, et nous fait regretter les formulaires d'inscription de droits au registre mobilier, par exemple, qui présentent en une seule fenêtre le formulaire complet à remplir. Ceci permet à l'usager professionnel d'aller droit au but et de procéder de façon plus efficace. Quant à l'usager occasionnel, je ne suis pas sûr que de donner l'information section par section, sans savoir ce qui vient par la suite, ne constitue pas un élément stressant. Chose certaine, le temps requis pour compléter l'opération se trouve inutilement prolongé.

C'est bien beau tout ça, mais qu'est-ce qu'on fait ?

Mon but n'est pas ici de faire une longue litanie de problèmes, ni de chercher à blâmer qui que ce soit. Il est clair que le registraire faisait face à un projet de très grande envergure, et que sa réalisation représentait tout un défi. Le simple passage d'une ancienne base de données à une nouvelle sans perte d'informations est en soi une opération très délicate, dans laquelle on s'avance comme en terrain miné. Dans l'ensemble donc, le résultat est quand même très bon. Dans l'ensemble donc, chapeau.

Mais qui aime bien, châtie bien, voyez-vous. Il importait donc d'illustrer les améliorations qui devraient être apportées au système pour le rendre meilleur et efficace, et qu'il serve mieux la belle réforme que la LSA propose aux juristes québécois. Il est également clair que depuis le 14 février, le REQ est dans la mire de nombreux praticiens qui ont écopé des retards d'implantation, fait face aux récriminations de leurs clients, et qui doivent composer quotidiennement avec les faiblesses de la nouvelle plate-forme.

Des ajustements sont donc absolument nécessaires. Pour ce faire, le REQ devrait consulter ses usagers les plus fréquents, les praticiens, afin de prendre note des corrections à apporter. La façon de procéder importe peu : sondages, groupe de discussion, etc. Mais il est à mon avis essentiel que le REQ aplanisse les nombreuses difficultés qui résultent de l'usage de sa nouvelle plate-forme, et facilite la vie de ses clients et alliés, les praticiens du droit. Il en va carrément du succès de la réforme du droit des sociétés par actions.

À la prochaine !

Mars 2011 >>> Quand Mark détrône Hosni

Si le Web peut renverser une dictature, le CRTC n’a qu’à bien se tenir !

Il m'est particulièrement plaisant de réaliser que, de mon vivant, j'aurai pu assister à la chute de plusieurs régimes totalitaires, et souvent plus ou moins en direct. De Berlin aux Caraïbes, les médias nous ont montré beaucoup d'ex-potentats ou roitelets fuyant de nuit dans des limousines blindées vers un exil confortable, mais aussi d'autres chutes plus violentes comme celles de Noriega, de Ceausescu ou de Saddam Hussein. Mais tous ces tyrans ont en commun le fait d'avoir été renversés par la violence, lors de révoltes populaires ou de guerres.

Ce que nous venons cependant de voir en Tunisie et surtout en Égypte, même si le résultat est semblable, est pourtant légèrement différent. Tout d'abord bien sûr par la bouleversante démonstration de non-violence et de maturité donnée par la foule égyptienne, dont le grand Gandhi aurait été fier. Mais aussi par la coordination des actions populaires par leur usage des nouvelles technologies.

Au moment de la chute de Moubarak, les animateurs de CNN ont rejoint en direct Wael Ghonim. Ce résistant égyptien exilé qui a été aux premières loges de la révolution, était appelé à donner ses commentaires à chaud sur le départ de Moubarak. À la question de l'animatrice qui lui demandait quel avait été selon lui l'élément clé de la révolte, il s'écria spontanément « Facebook, Facebook, Facebook » !

S'il ne faut peut être pas accorder trop d'importance à ce cri du coeur, et que la volonté du peuple égyptien doit être bien plus retenue que l'impact du site de Mark Zuckerberg, il n'en demeure pas moins que les nouvelles technologies changent la donne dans les pays totalitaires qui comptent traditionnellement sur la désorganisation de leurs citoyens et sur le contrôle des médias pour garder la main mise sur leur pays. Le fait que le gouvernement égyptien ait déclaré la coupure de l'Internet en même temps que le couvre-feu est loin d'être anodin. L'Internet permet de lancer des mots d'ordre, de donner des points de rencontres aux manifestants, et à toute personne de diffuser de l'information et des images de ce qui se passe dans le pays. Les grandes dictatures de l'histoire, celles qui ont opprimé dans l'ombre leurs peuples pendant des années à une époque où il suffisait d'interdire des journaux pour jeter un silence de plomb sur un pays tout entier, n'auraient certes pas fait de vieux os devant pareil ennemi. Alors oui, en ce sens, les technologies de l'information ont probablement contribué à la chute de Moubarak et de Ben Ali.

Le réseau dans ma poche

La mobilité des accès Internet y est certainement aussi pour beaucoup. L'engouement pour les tablettes web et les téléphones intelligents accélère d'autant plus la vitesse de circulation des nouvelles. Plus de 300 millions téléphones intelligents ont été vendus l'an dernier seulement, soit le cinquième de tous les appareils. Quant aux tablettes, la réaction d'étonnement et le caractère de bizarrerie qui ont suivi le lancement du Ipad est loin derrière nous, et leur popularité est maintenant telle qu'on prévoit que le tiers des internautes les utiliseront pour naviguer sur le Web d'ici quelques années.

Donc, non seulement le Web change, mais aussi notre façon d'y accéder et de le « consommer » est en pleine mutation. Par exemple, une application pour Iphone lancée récemment, vise à préparer les pénitents en vue de leur séance de confession à l'église par une série de questions simulant l'exercice ! Préparée avec la collaboration de certains prélats, le lancement de l'application fit tellement de bruit que les autorités du Vatican n'ont pas attendu plus d'une semaine pour émettre un communiqué officiel informant les ouailles que la confession par Iphone n'était pas admise par l'Église ! Parions que les victimes de pédo-religieux qui attendent un geste de l'Église à leur endroit depuis des années et des années, ont dû trouver que Benoît avait la gâchette pas mal plus rapide quand vient le temps de protéger son modus operandi...


« Le CRTC ne comprend rien... comme d'habitude »

Et c'est avec ces nouvelles en toile de fond que le CRTC vient proposer une réforme du mode de facturation des services Internet. Alors que le Canada est un des pays au monde où les frais de connexion Internet sont les plus élevés, le brillant CRTC cédait aux pressions des grands de l'industrie qui cherchent à éliminer leurs concurrents en proposant d'abolir les forfaits illimités et d'introduire le concept de facturation à l'usage.

Rien de bien étonnant ici, les organismes fédéraux ayant démontré par le passé leur entière incompréhension du Web à travers quelques décisions malheureuses. Rappelons par exemple le rejet par la Commission canadienne du droit d'auteur d'une compensation des auteurs compositeurs de la proposition de tarif 22 qui aurait, à l'époque, assuré une compensation des auteurs compositeurs pour l'utilisation de leurs oeuvres sur le Web, en avait surpris plus d'un.

Mais ici, c'est une véritable levée de boucliers qui a suivi l'annonce de la décision du CRTC. Mis à part ceux qui se trouvent sur les listes de paie des grands fournisseurs de services Internet et dont l'objectivité peut donc être solidement remise en question, la plupart des commentateurs se sont objectés à une telle réforme. Même le ministre Clement a réagi vivement contre cette décision.

Quant aux internautes, la réaction fut tout à fait massive. De nombreux sites ont lancé des pétitions, par exemple « openmedia.ca » qui recueillait près de 400,000 signatures en quelques jours, lancé des mouvements sur Facebook, et ont mis tant de pression que le CRTC annonçait rapidement qu'elle réévaluerait sa mesure.

Ainsi, presqu'en parallèle, avons-nous pu assister au pouvoir du Web et à la façon dont il peut canaliser l'opinion publique. Que ce soit en Égypte pour renverser un dictateur qu'ici pour donner aux citoyens une voix imposante dans un débat public, le Web a démontré sa puissance de façon très éloquente. L'Internet serait-il donc devenu un vecteur de démocratie? Pourquoi pas... C'est Barlow (1) qui serait fier de lire ça...

À la prochaine!


(1) John Perry Barlow, auteur de la célèbre déclaration d’indépendance de l’Internet http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Perry_Barlow

Février 2011 >>> "Mesdames et messieurs, attention !"

«"Mesdames et messieurs, attention ! Je vais vous faire une chanson, le sujet en est ambitieux, de mon image je suis soucieux, en 1990, c'est l'heure des communications. » Vous reconnaissez, n'est-ce pas? Certaines chansons marquent leur époque, et 1990 est certainement l'une de celles-là. Simplement d'entendre ces premières mesures me ramène vingt ans en arrière, et me rappelle le soir où j'assistais en direct, avec des millions de personnes, à la première invasion de l'Irak par les américains.

Jean Leloup est un grand artiste, capable de capter les changements qui affectent la société. Mais en rétrospective, il aura eu une inspiration absolument prophétique en écrivant sa chanson. 1990 aura vraiment marqué l'ère des communications. Car 1990 aura vu l'invention du Web, au fond du laboratoire universitaire d'un jeune chercheur du CERN, Tim Berners-Lee. C'est en effet lui qui a eu l'idée de créer un système de communication public permettant de naviguer d'un document à l'autre par hyperliens cliquables, à l'aide d'un logiciel appelé « navigateur », de grouper les documents sous forme de « sites » identifiés par un nom (de domaine) et d'utiliser le réseau Internet pour les interconnecter. Le génie de ce chercheur n'a donc pas été tellement de créer des nouvelles technologies, mais bien de combiner des concepts déjà connus dans l'élaboration d'un système de communication qui allait carrément révolutionner l'humanité. Le World Wide Web était né.

Le réseau Internet existait depuis longtemps. Développé dans les années soixante pour assurer le maintien des communications entre les militaires advenant une attaque nucléaire (sa structure décentralisé permettant de survivre à la disparition de plusieurs des ordinateurs qui y sont connectés), il a été également largement utilisé entre les universités. Les fonctions hypertextes aussi sont issues de recherches menées dans les années soixante, des souris rudimentaires permettant déjà, en 1968, d'actionner des liens cliquables entre des pages informatiques, concept repris par Apple dans ses premiers ordinateurs Macintosh et qui commençait, à l'époque, à gagner le monde du PC. Le génie de Berners-Lee a donc été d'avoir la vision d'un environnement combinant tous ces éléments, et de paver la voie à la libération de l'information et à l'explosion de la communication dans le monde informatique.

D'autres précurseurs prendront le relais, Marc Andreessen tout d'abord qui inventa le premier véritable navigateur Web populaire, Mosaic, qui deviendra par la suite Netscape. Jusque-là cependant, le potentiel d'Internet et surtout du Web avait été totalement sous-estimé par les grands joueurs de l'industrie, particulièrement de Microsoft. Par exemple, Windows 95 ne comportait aucun navigateur Web à son lancement... La popularité et la croissance de Netscape allait brutalement réveiller notre ami Bill qui allait faire du Web sa priorité à partir de 1995. Sa stratégie agressive allait s'articuler autour d'Internet Explorer, développé à la hâte à la suite du refus d'Andreessen de lui vendre Netscape. Bill devait alors décider de donner IE, notamment en l'intégrant à Windows 98, afin de pousser Netscape à la faillite. Ceci allait donner naissance à une saga judiciaire... « le mal était fait », Netscape vivotait depuis et n'était pas en mesure de bénéficier de cette victoire judiciaire, et devait finalement disparaître peu après, malgré sa vente à un autre grand joueur du temps, America Online (AOL). Ses dirigeants eurent cependant l'idée géniale de céder leur technologie à une fiducie, la fondation Mozilla, qui donna naissance à un important navigateur de code source libre (« Open Source »), Firefox. Ce dernier, dans un juste retour des choses, menant aujourd'hui la vie dure à Internet Explorer.

Rapidement, la masse d'information grandissante consignée sur le Web a rendue essentiels les outils de recherche. Les services comme Lycos ou Altavista connurent alors leur heure de gloire, avant que n'arrive la révolution Google, autre invention de chercheurs isolés propulsés à l'avant-scène et à la fortune par leur création à la croissance exponentielle, Larry Page et Sergey Brin. Les années 2000 devaient bientôt nous emmener le Web 2.0, acronyme symbolisant la prise de contrôle du réseau par les usagers qui font maintenant du réseau un outil interactif dynamique, bâti et réinventé quotidiennement par les internautes, et symbolisé par un autre visionnaire Mark Zuckerberg.

L'histoire du Web est tout à fait fascinante. Sa croissance phénoménale donne lieu à une nouvelle ruée vers l'or où tous les coups sont permis. Mais il est aussi le théâtre de belles histoires, comme celle de Wikipédia, encyclopédie mondiale gratuite et libre en 270 langues à laquelle contribuent environ 100 000 auteurs bénévoles. Le Web aura d'ailleurs alimenté la croissance de nombreux projets informatiques, en matière de logiciel libre notamment. Des concepts comme « Open office », n'auraient certainement pas connu un aussi grand engouement sans bénéficier du Web comme vecteur de croissance. Le retentissement de l'affaire Microsoft ayant également poussé de nombreux pays, particulièrement en Europe, à favoriser le logiciel libre.

Mais le plus grand impact du Web se retrouve sans contredit dans nos sociétés et nos habitudes elles-mêmes. Pensez-vous par exemple que le virage technologique vécu par notre belle profession aurait été aussi rapide et englobant sans l'invention de Berners-Lee? Ce raisonnement s'applique dans tous les domaines, maintenant que le Web est si imbriqué dans notre quotidien que nous en venons à tout bonnement oublier qu'il est là. Commerce électronique, transactions bancaires en ligne, disparition rapide de l'usage du papier, révolution des journaux, convergence médiatique, chaque composante de notre univers en ce début de XXIe siècle a une composante Web en amont ou en aval. Le monde de 1990 connaissait peut-être déjà tous les ingrédients requis pour amener le monde dans ce virage fondamental, certes le plus important depuis la révolution industrielle. Il ne lui en manquait que la recette, qu'allait lui donner Berners-Lee. Et le reste, comme on dit, fait partie de l'histoire.

À la prochaine !

Décembre 2010 >>> "Mon boss est un ci et un ça!"

Pièges et astuces Facebook (2e partie)


« Les choses étant ce caleçon », chaque innovation technologique facilitant l'utilisation des ordinateurs rendent ceux-ci de plus en plus invisibles à nos yeux, et les fait entrer de plus en plus profondément dans notre quotidien et modèle même notre façon de vivre. Vous trouvez que j'exagère ? Eh bien non. Même que la rapidité à laquelle progressent ces changements me surprend régulièrement moi-même...

Il est conseillé à toute entreprise d'établir pour ses employés une politique d'utilisation des ressources informatiques. Établir clairement ce qu'un employé peut ou ne peut pas faire avec le matériel informatique de son employeur, ainsi que comment il peut ou non utiliser son temps de travail, est en effet un bon moyen d'éviter certains malentendus et conflits sur les lieux de travail. Généralement parlant, de telles politiques comprendront des interdictions d'utiliser des outils de clavardage ou de visiter les réseaux sociaux comme Facebook ou autres.

Notre génération a inventé le « cyberslacking » ou cyberflânage, aussi il est logique que nos patrons aient combattu ce phénomène. La nouvelle génération, celle qui est pratiquement née avec le Web, a appris à écrire sur un clavier, à communiquer avec MSN et n'a aucune idée de ce qu'est un téléphone rotatif, une ligne à impulsions ou un téléviseur avec des oreilles de lapin, et n'a que faire de ces interdictions. Pour elle, « tweeter » est aussi naturel que respirer et le fait de réagir sur Facebook n'est aucunement une menace à sa productivité, au contraire ! Sa présence sur les réseaux sociaux ne fait que la rendre plus productive et peut même faire avancer ses affaires et celles de son employeur. Cette génération est celle du « multitasking », du multitâche.

Faut-il s'attendre à un nouveau choc des générations ? Pas du tout mes amis ! Car les patrons de demain émaneront aussi de cette génération et que, qui plus est, les patrons d'aujourd'hui commencent à prendre note de ce nouveau virage apporté par les réseaux sociaux. Ainsi le gouvernement de la Colombie-Britannique vient-il de rendre public sa nouvelle politique gouvernant l'usage des réseaux sociaux par ses employés qui, au lieu de les bannir, leur reconnaît carrément le droit de les utiliser : « Le gouvernement reconnait que les réseaux sociaux sont un nouvel outil en milieu de travail, dont l'usage peut être incorporé dans la journée de travail de ses employés plutôt qu'être interdit ou découragé. Nous avons pleinement confiance en nos employés. »

Un autre indice nous vient des États-Unis, où le National Labor Relations Board (NLRB) vient d'accepter d'étudier une plainte d'une employée congédiée pour avoir parlé contre son employeur sur Facebook (FB). Celle-ci s'était empressée de manifester sur FB son mécontentement face à une décision de son employeur, entraînant une discussion en ligne à ce sujet avec d'autres employés. Pour l'employeur, cette situation contrevenait à l'interdiction de parler de la compagnie sur les réseaux sociaux « de quelque façon que ce soit ». Pour le NLRB, au contraire, le congédiement est abusif. Sans aborder la question de la validité de la politique Internet de l'employeur, la NLRB se fonde sur un article de la loi américaine des relations de travail, et assimile les discussions des employés sur FB au  « droit de concertation » que celle-ci leur accorde. Les « protected concerted activities », que l'on pourrait interpréter comme étant une facette de leur droit d'association leur reconnaissant le droit de participer à des activités relatives à leur travail, comprendraient donc le fait de participer à des fils de discussion sur Internet concernant leur employeur. Cet état de fait donne ouverture à la reconnaissance d'un droit d'expression sur le Web 2.0. Vous trouvez toujours que j'exagère?


Astuce : Innovation chez Google



Nous avons souvent eu l'occasion de casser un peu de sucre sur le dos de Google. Il est vrai que sa position dominante sur le Web et les succès spectaculaires que cette entreprise a connus en affaires, notamment sur le marché boursier, lui ont un peu monté à la tête... C'est le propre des entreprises américaines qui se retrouvent en position de quasi-monopole, que l'on pense seulement à Microsoft il y a quelques années. J'imagine que c'est une conséquence de la férocité de la concurrence qui prévaut dans ce domaine. Enfin, bref.

Il faut quand même rendre à César ce qui est à César, et reconnaître que si Google est devenu ce qu'il est, c'est qu'il a carrément révolutionné la recherche sur le Web. Finies les requêtes complexes, le raffinement des recherches et les essais-erreurs avant d'arriver à la page désirée. Avec Google, nous arrivons rapidement à l'information que nous cherchions, et sans trop de chichi. Les autres moteurs de recherche ne font qu'essayer de copier et de se mesurer au moteur-étalon Google. Il ne nous reste plus qu'à visiter les pages qui nous sont présentées, pour voir ce qu'elles contiennent. Mais cette étape aussi est en train de changer... Ah oui ?

Lancer n'importe quelle recherche sur Google. Vous y êtes. Bien. Maintenant regardez à la droite du titre des pages trouvées et vous verrez qu'une petite loupe apparaît maintenant à côté de chacune d'elle. Vous ne la voyez pas ? Répétez alors l'exercice dans quelques temps, car Google implante la nouveauté graduellement selon les serveurs et les régions. Mais vous devriez la voir...

Maintenant, cliquez sur cette loupe. Vous verrez apparaître un panneau à la droite de votre écran, vous présentant la page vers laquelle pointe le lien. Vous pourrez ainsi, sans quitter votre page de recherche, visualiser un aperçu des pages trouvées, ce qui vous permettra d'éliminer certains résultats moins pertinents.

Voilà le genre d'outils qui me fait tant apprécier Google et qui me fait lui pardonner ses incartades et invasions de la vie privée... Un peu comme on pardonne les bévues de gens intelligents et innovateurs.

Et tant qu'à parler des résultats de recherche de Google, je vous rappelle que ces derniers vous fournissent aussi deux autres liens. Le premier, qui n'apparaît pas systématiquement, se nomme « pages similaires » et lancera une nouvelle recherche de pages comportant les mêmes mots clés ou comportant les mêmes caractéristiques afin de préciser votre recherche. L'autre, « en cache », permettra qu'apparaisse la page telle qu'elle se trouvait lors de sa dernière visite par Google. Car Google, bien entendu, conserve une copie intégrale des pages qu'elle visite, donc du Web au complet... Ce lien est pratique pour trouver des informations d'un site temporairement indisponible ou si, comme c'est fréquemment le cas pour les sites de nouvelles, lorsque la page a changé depuis l'indexation de Google. Il faut cependant dire que Google n'archive pas toutes ces pages et qu'elles changeront à sa prochaine visite. La solution est donc temporaire.

À la prochaine !

Novembre 2010 >>> "Chéri ! Il a dit Facebook !"

Pièges et astuces autour du Web Facebook (1ère partie)


J'ai dernièrement fait une découverte en fouillant dans de vieilles boîtes. Non, je n'ai pas trouvé de vieilles disquettes d'agendas... Je suis plutôt tombé sur des albums-souvenirs de mes années au secondaire. Ils m'ont rappelé une belle époque de ma vie, quoique assombrie ces derniers temps par les révélations des médias, puisque j'ai étudié au Collège Notre-Dame dans les années 1970... J'ai pu me rendre compte à quel point, contrairement à ce qu'on vit aujourd'hui, il était alors facile pour certaines crapules de donner libre cours à leurs bas instincts sans que personne ne s'en doute. Rien ne nous laissait croire à l'époque, en regardant les photos des coupables dans les albums, qu'ils agressaient et terrorisaient certains de nos condisciples. Ces albums ne nous montraient alors que leur beau profil...

Le virage technologique a, en ce sens, profondément changé la société où nous vivons. Tout le monde ou presque peut aujourd'hui prendre une photo ou une vidéo avec son cellulaire et placer le résultat sur Internet quasi instantanément. L'an dernier, un enseignant du secondaire a ainsi eu la surprise de trouver sur Youtube la crise qu'il avait piquée en classe le matin même ! (Plusieurs écoles ont par la suite interdit les téléphones mobiles en classe.) Mais si les nouvelles technologies facilitent la dénonciation des coupables, elles peuvent également détruire la vie d'innocents, pointés du doigt par erreur ou par malveillance. Il faut croire que c'est le prix à payer pour vivre dans une maison de verre technologique.

Non, la société n'est vraiment plus la même. Et on dirait parfois que la nouvelle génération cherche par tous les moyens à vivre sa vie publiquement et à en semer tous les détails, et parfois les plus intimes, aux quatre vents du Web. Le besoin de vivre son « quinze minutes de gloire » sur le Web l'emporte sur toute espèce de décence. Citons à témoin cette étudiante qui a diffusé une liste détaillée de ses exploits amoureux, avec noms et photos. Loin d'exposer l'auteure à un tollé et à l'opprobre général, ses indiscrétions lui ont plutôt attiré des offres de livres et de films. Le monde est fou...

Mais revenons à nos moutons. Le plus souvent, de telles indiscrétions sont publiées sur les réseaux sociaux, principalement sur Facebook. Ici, ma découverte de la fin de semaine vient me rattraper, car dans le milieu universitaire américain, le mot « facebook » désigne des bottins d'étudiants contenant leurs coordonnées et une photo permettant de les identifier. (Par extension, il est parfois utilisé pour désigner l'album-souvenir ou « yearbook ».) En 2004, le site Facebook a d'ailleurs été conçu à cette fin par un étudiant d'Harvard de 20 ans, Mark Zuckerberg, et trois acolytes. Aujourd'hui, six ans, cinq cent millions de comptes d'usagers et sept milliards de dollars dans son compte personnel plus tard, l'avenir de Marco semble bien assuré...

L'engouement pour Facebook est très important, et les Québécois en sont très friands. Une enquête récente du CEFRIO montre en effet qu'en 2010, « 78 % des internautes québécois ont fréquenté ou contribué au contenu d'au moins un média social » et que leur participation à de tels réseaux a augmenté de 41 % en un an. Pas étonnant que Facebook occupe aujourd'hui le second rang des sites les plus visités sur le Web, juste après Google.

La tempête des réseaux sociaux qui a cours depuis quelques années apporte pourtant son lot d'embûches. Les avertissements, notamment ceux du commissaire à la protection de la vie privée du Canada, sur leur gestion des données personnelles, les risques d'infection par les virus qui y circulent, les arnaques qui y sont menées, n'y changent rien : les gens adorent ces services, s'y inscrivent et y confient leur âme.


« Madame, poussez ! Monsieur, ouvrez un compte Facebook ! »



Indice suprême que ces avertissements tombent à plat : la présence des jeunes sur les réseaux sociaux. Les conditions d'utilisation de Facebook imposent pourtant clairement un âge minimum de 13 ans, mais des statistiques récentes montrent que la réalité est tout autre. La firme AVG a en effet publié une étude montrant que, par exemple, 5 % des bébés occidentaux de moins de deux ans ont leur propre compte Facebook ! En moyenne, les parents ouvriront un tel compte vers l'âge de six mois et les doteront aussi d'une adresse courriel. 80 % de ce groupe de cyber-bébés auront déjà laissé leur empreinte virtuelle sur le Web dès l'âge de sept ans, permettant de retracer déjà quelques pages, photos ou vidéos en tapant leur nom ! En voulez-vous plus ? L'échographie du quart des foetus se retrouve sur le Web avant leur naissance! Avant longtemps, l'album complet de la vie d'un humain se retrouvera en ligne, de l'échographie à la notice nécrologique... Je ne sais pas pour vous, mais j'ai soudainement un frisson dans le dos ...

L'importance des réglages de sécurité pour les usagers de tels sites est donc primordiale, tout comme celle de savoir y faire preuve de discrétion. D'autant plus que, malgré ses mea culpas et les modifications apportées à son site, il appert que Facebook conserve toujours les contenus de ses abonnés après qu'ils les aient volontairement retirés. Certaines photos seraient même restées disponibles en ligne près d'un an et demi après leur retrait. Le fait que Facebook génère autant de profits avec un service gratuit laisse également perplexe.

Bref, nous ne dirons jamais assez à quel point les réseaux sociaux ébranlent le Web et à quel point ces changements sont profonds non seulement pour le réseau, mais pour la société en général. Les présentations étant maintenant faites, dans notre prochaine chronique nous verrons les changements apportés récemment aux politiques et systèmes de Facebook en matière de protection de la vie privée ainsi que les meilleures façons de se protéger dans notre usage de ce service. J'aurai d'ici là vu le film consacré à la construction de Facebook et participé au volet du prochain colloque d'Educaloi portant sur « Les médias sociaux comme moyen d'accès à l'information juridique ». J'aurai donc encore beaucoup de choses à vous dire...