Archive des chroniques "Cybernotes de Bertrand Salvas", telles que publiées dans le magazine "Entracte"
de la Chambre des notaires du Québec et autres contributions en droit des technologies de l'information.

Mai 2011 >>> Maux de mots

Il est fascinant de constater à quel point le langage informatique regorge de surprises. Cette science en perpétuelle mutation, animée principalement dans le langage universel qu'est devenu l'anglais, force les linguistes à repousser les limites du français pour nous permettre de suivre la cadence dans notre propre langue. Ce qui est une véritable aubaine pour les amants de la langue française ! Car contrairement aux folies furieuses à-plat-ventristes de la pseudo « nouvelle orthographe », la création de ces nouveaux termes démontre que notre langue peut s'actualiser plutôt que de se diluer et s'autodétruire face à la concurrence de l'anglais.

Deux nouveaux mots apparaissent donc ce mois-ci sur mon écran radar. Deux mots qui, quand on y pense bien, sont interreliés.

Zetta quoi?

Le premier est « zettaoctets ». Non, il ne s'agit pas d'un mot créé en l'honneur de l'épouse de Michael Douglas ! Comme la fin du mot l'indique, il s'agit plutôt d'une mesure de quantité d'informations informatiques. Composé de huit « bits » représentés chacun par un « zéro » ou un « un », chaque octet contient suffisamment d'information pour représenter un caractère. À partir de là, tout se multiplie. Un kilooctet, ou « ko » représente mille octets, un mégaoctet (« mo » ou « meg ») un million d'octets ou mille ko, etc. Le téraoctet (« to » ou « tet »), commence à être un peu plus connu à la faveur de l'apparition de disques durs « grand public » mesurés en de telles unités. Car nos besoins de stockage grandissants poussent à la production d'appareils de plus en plus gourmands.

Mais c'était la première fois que j'entendais parler de zettaoctets, dans un article nous informant que la quantité totale d'information ayant circulé sur le Web pendant l'année 2008 en comptait près de 10  (1). Bravo. Mais combien cela représente-t-il d'information au juste ? Ma curiosité était piquée... Il appert donc qu'un zettaoctet représente un milliard de ces téraoctets, qui contiennent chacun mille milliards d'octets (2)! Me souvenir qu'un téraoctet représente mille gigaoctets me donne carrément le vertige, aussi je suis content de trouver une correspondance un peu plus terre-à-terre en réalisant que ce zettaoctet représente tout simplement un milliard de clés USB d'un gigaoctet... L'estimé, très conservateur de l'aveu même de ses auteurs, nous dit donc que les informations échangées en 2008 auraient nécessité environ 10 milliards de ces clés USB pour les entreposer. Et en bonnes vieilles disquettes? Multipliez par 714.

Infoquoi?

Nous y trouvons en tout cas la confirmation que la terre tourne de plus en plus autour du soleil du numérique, ce qui m'amène à l'autre nouveau qui est venu ce mois-ci contribuer à combler un peu plus le gouffre de mon ignorance, l' « infonuagique ».

Bien que le mot soit, il faut le dire, moins joli que les dernières productions de l'Office de la langue française en matière informatique comme « courriel » ou « clavardage », il faut quand même dire qu'il suggère efficacement sa référence au monde du « cloud computing », ou « informatique dans les nuages » tel qu'utilisé aussi en pratique. L'effort est néanmoins louable, le terme anglais posant quand même un sérieux défi de traduction, et est un moindre mal quand on examine les alternatives proposées par l'Office, « informatique intranuage », « informatique nuagière » ou « nuage informatique »... À ce sujet la dernière proposition, « informatique en nuage » me semble personnellement promise à un meilleur avenir.

Mais de quoi parle-t-on au juste quand on parle d'informatique en nuage ? Tout simplement du futur de l'informatique. La croissance phénoménale du Web observée depuis une dizaine d'années ne s'est pas faite dans les airs, et nos données ne s'enregistrent pas non plus dans de la vapeur d'eau ! Les échanges de zettaoctets d'informations, la puissance des engins de recherche, la rapidité d'accès, le stockage en ligne, tout passe par une augmentation des capacités informatiques : plus de serveurs, plus de disques, tant en taille qu'en nombre. Les coulisses du Web sont le théâtre d'une recherche de croissance incessante des équipements informatiques. Facebook, par exemple, a emprunté cent millions de dollars en mai 2008 pour financer l'acquisition de nouveaux serveurs. Il en posséderait maintenant plus de 30 000, 20 000 de plus qu'en 2008, et en acquiert de nouveaux tous les jours. Des centres d'hébergement mondiaux comme Rackspace en ont près du double. Notons en passant que la quantité d'information enregistrée par Facebook sur l'utilisation de ses services par ses abonnés croît de 25 téraoctets par jour, soit 1 000 fois plus que le volume de courrier livré quotidiennement par le service des bureaux de postes américains !

Le Web se fonde donc sur des bases tout à fait tangibles. Le terme « nuage » pour référer à l'Internet se voit donc du point de vue de l'usager, pour qui toute cette mécanique reste invisible, comme suspendue au-dessus de lui.

La délocalisation des applications et des données sur des serveurs distants, et le confinement du poste de l'usager à un rôle d'utilisateur de toutes ses ressources partagées par le simple recours à un système d'exploitation et d'un navigateur Web est la meilleure façon de voir le cloud computing. En tenant pour acquis la sécurité des informations et l'actualité constante des applications ainsi logées à distance, l'usager d'un tel système peut se consacrer à son travail en se libérant de nombreuses tâches et soucis liés au maintien de l'équipement.

C'est pourquoi l'informatique en nuage est présentement sur toutes les lèvres, tout comme les mots qui la décrivent. Alors à quand le greffe dans les nuages ?

À la prochaine !




(2)  Je n’ai pas tout calculé ces données manuellement, ne vous inquiétez pas! Vous en apprendrez plus sur la page que j’ai consultée au http://www.journaldunet.com/solutions/0110/011018_caexiste_zettabyte.shtml

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